***
Années 1935 - 1945 ***
1935
Faux Jour (Plon )
1935
Le Vivier (Plon)
1936
Grandeur nature (Plon)
1938
L’Araigne (Plon)
1940 Judith Madrier (Plon)
1942
Le mort saisit le vif (Plon)
1945
Le Signe du taureau (Plon)
***
Années 1950-1960 ***
1951
La Tête sur les épaules (Plon)
1952
La Neige en deuil (Flammarion
)
1963
Une extrême amitié ( La Table ronde)
***
Années 1970 ***
1972
La Pierre , la Feuille et
les Ciseaux (Flammarion )
1973
Anne Prédaille (Flammarion)
1976
Grimbosq (Flammarion )
1976
Le Front dans les nuages (Flammarion
)
1978
Le Prisonnier n° I (Flammarion)
***
Années 1980 ***
1982
Le Pain de l’étranger (Flammarion
)
1984
Marie Karpovna (Flammarion )
1985
Le Bruit solitaire du coeur (Flammarion
)
Suites de Viou :
1986
À demain, Sylvie (Flammarion
)
1987 Le Troisième Bonheur
(Flammarion)
1988
Toute ma vie sera mensonge (Flammarion
)
1989
La Gouvernante française
(Flammarion )
***
Années 1990 ***
1990
La Femme de David (Flammarion
)
1991
Aliocha (Flammarion )
1992
Youri (Flammarion )
1993
Le Chant des Insensés (Flammarion
)
1994
Le Marchand de masques (Flammarion
)
1995
Le Défi d’Olga (Flammarion
)
1996
Votre très humble et très obéissant serviteur
(Flammarion)
1997
L’Affaire Crémonnière (Flammarion)
1998
Le Fils du satrape (Grasset)
1999
Namouna ou la chaleur animale (Grasset)
***
Années 2000 ***
2000
La Ballerine de Saint-Pétersbourg
(Plon )
2001
La Fille de l'écrivain (Grasset)
2002
L'Étage des bouffons (Grasset)
2004
La Fiancée de l'ogre
(Grasset)
2006 La Traque (Grasset)
2009 Le pas du juge (Ed. de Fallois)
La Folie des anges (Ed. de Fallois)
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1946. Sylvie Lesoyeux mène une vie triste et monotone chez ses grands-parents paternels, au Puy.
Pour une fillette de 8 ans, l’ombre d’un père – médecin mort en héros à la libération - pèse lourd, même si devant les autres, elle revendique son identité "orpheline", dégagée du sort commun.
Sa mère travaille loin, à Paris, et doit d’abord reconstruire une vie, avant d’y accueillir sa fille. Ses rares visites la comblent d’amour partagé, complice et lui permettent de répondre aux questions qui la tenaillent au sujet de cet étranger, son père.
Cette icône, idéalisée par la grand-mère, et dont le portrait effrayant trône au cœur de la maison, englue la vie de Sylvie. Son désir d’être digne de lui, de lui ressembler reste insatisfait tant elle travaille mal à l’école et ne montre pas les qualités exigées par la vieille femme aigrie et confite en dévotion. Cette grand-mère inaccessible veille très sévèrement sur ce monde du souvenir, sans apporter la tendresse que Sylvie réclame.
Son grand-père lui offre un rayon de lumière joyeux et affectueux mais il est fort occupé par l’affaire familiale qu’il dirige. Sa mort – cette inconnue si effrayante, fantôme rôdant dans la maison du Puy - figure un nouveau drame sans nom pour Sylvie. La vie, cet agrégat rêvé d’amour unissant tous les êtres proches, se révèle décidément bien injuste. Et, ce monde, dirigé par des adultes distants et sans réponses satisfaisantes, se déroule inquiétant, déroutant, glacé.
Pourquoi faut-il donner ce chien, compagnon tendre et chaud des nuits d’orage ?
Pourquoi Maman, féminité adulée, décide-t-elle de se remarier ?
Quel est ce nouvel étranger qui va prendre la place de Papa ?
Pourquoi faut-il quitter Grand-mère et le Puy pour venir vivre à Paris et intégrer une pension ?
Heureusement, l’avenir s’annonce aussi roux et joyeux que ce cocker qui l’accueille à la descente du train ...
1982-
Le Pain de l’étranger (Flammarion
)
" Tu apprendras combien le pain de l'étranger est amer et combien il est dur de monter et descendre l'escalier d'autrui " DANTE, Le Paradis, Chant XVII.
Pierre Jouanest a modelé sa vie de célibataire dans le souvenir constant d’une absence, celle de sa femme, décédée deux ans plus tôt. De sa propriété de Milly-la-Forêt à son cabinet dentaire parisien, le temps s’écoule dans une solitude préservée par Maria et Miguel Alvarès, le couple de domestiques qui entretient le domaine campagnard.
Mais la mort brutale de Maria anéantit l’équilibre et pose le premier jalon d’un drame final.
Miguel, accablé, se retrouve seul pour élever deux orphelins, Amalia et Frédéric. Progressivement, Pierre prend en charge la responsabilité financière et éducative des enfants, reconstruisant sa vie sur ce qu’il croit juste pour eux. Il devient pourtant le bourreau moral de Miguel, dépossédé dans son amour filial comme de ses droits paternels.
Au travers du conflit qui se noue, plusieurs mondes s’affrontent : celui de cultures différentes, de classes sociales séparées et de conceptions existentielles opposées.
Quatre pages finales concentrent l’explosion funeste qu’en homme profondément blessé Miguel provoque. Ce dénouement tragique, savamment tressé, laisse une marque vivace au cœur de nos lectures des oeuvres d’Henri Troyat.
1983-
La Dérision (Flammarion)
Jacques Levrault se délecte aux tréfonds d'un dégoût de l’existence, la sienne comme celle des autres. Célibataire de 67 ans, il se juge écrivain raté, amant déchu, homme vieux, inutile. Ses jours demeurent creusés par l’inactivité, la paresse, la somnolence. Les heures ne tendent que vers une attente, celle d’une femme, encore jeune, belle et désirable, surnommée Dido, sa maîtresse depuis 23 ans. Pourtant, cette relation, passionnée aux beaux jours de ses débuts, a pris l’horrible platitude de l’habitude et de la tendresse. Il n’y voit plus que feinte, pitié et trahison. Antoine, le mari de Dido, avocat brillant, longtemps supplanté dans le cœur de Dido, n’aurait-il pas gagné ce duel de la possession ? Caroline et Patrick, leurs 2 enfants adolescents, ne prennent-ils pas une place trop grande dans les préoccupations de leur mère ?
Jacques va peu à peu détruire chaque pan d'une vie qui le rebute, jusqu’au chat, seul être admirable, d’une beauté profonde, qu’il précipite dans la Seine, avant de rater son propre suicide.
Recueilli par Dido, il s’éteint définitivement à la lumière du monde, engoncé dans l'humiliation parfaite, le mépris radical de lui-même et des autres et l'horrible monotonie végétative du temps.
Mais la vie se révèle « dérision » : elle sème à son gré des étincelles de vérité. Lorsque, brutalement, il prend conscience du bonheur aveugle qu’il piétinait, la mort l’accueille, par une fenêtre ouverte.
1984
Marie Karpovna (Flammarion )
La Russie de 1856 pressent et redoute un vent de réformes en faveur de ses fidèles esclaves : Alexandre III serait prêt à libérer les serfs de leurs chaînes séculaires. Pour Marie Karpovna, une telle idée reste inconcevable. L’harmonie règne lorsque chacun tient sa place – place qu’elle désigne en autocrate affirmée – et qu’elle domine, jusqu’aux tréfonds de l’intime, l’ensemble de son monde.
D’un seul regard d’acier, elle sait plier les âmes et, insidieusement, faire fondre les volontés. Même Alexis, l’aîné de ses fils, plus enclin à la révolte que son frère cadet mollement soumis, ne peut qu'obéir servilement aux décisions maternelles. Statue rivée sur sa fortune, elle capture les êtres et les enchaîne à ses désirs, sans l’once d’un remord, ni même une trace de sensibilité. Cependant, certains êtres, trop passionnément inspirés, ne supportent pas la cassure imposée et la privation étouffante de liberté. La haine destructrice, ultime issue des âmes contraintes, sera fatale à la despote.
La
défaite de Marie Karpovna préfigure-t-elle celle du tsarisme,
quelques décennies plus tard ?
1985
Le Bruit solitaire du cœur (Flammarion
)
"Je vogue donc vers ce large où ne parvient que le bruit solitaire du coeur ..." Colette, Le Fanal bleu.
En hommage à son père, Henri TROYAT nous embarque dans la lente traversée d'Igor Dimitrievitch Lébédev vers la mort. Qu'attendre à 93 ans, sinon l'harmonie quotidienne, l'enchaînement apaisant des menus plaisirs d'une vie réduite à sa plus simple expression, le sentiment rassérénant d'être au coeur des préoccupations familiales ? Soutenu jour et nuit par une vieille domestique russe dont l'indispensable présence suscite tous les griefs, il espère, comme un phare dans la nuit, la visite de ses deux fils.
Capitaine d'un navire solitaire, réfugié au centre de lui-même, il navigue de son décor familier encore empreint des souvenirs de sa femme et lentement rythmés par les rituels quotidiens, aux images fastueuses de son passé en Russie. La gloire déchue, la fortune dérobée, les épreuves subies avec la Révolution Bolchevique, l'exil aboutissant à l'émigration en France reviennent sans fin, regrets sans cesse réinventés, tournoyants en ressassements constants.
Pourtant, des tempêtes familiales surgissent : le divorce d'un fils puis son remariage, une sortie imposée dans la résidence secondaire de l'autre fils peu de temps avant sa mort prématurée lors d'une banale intervention chirurgicale, la malheureuse grippe de sa domestique et son remplacement temporaire par une française, les émeutes de Mai 1968 trop proches d'Octobre 1917.
Devant l'inquiétante étrangeté de ce présent parisien, il préfère se calfeutrer au creux de sa mémoire russe, remontant peu à peu les strates de ce cocon passé. Seul le tangage ressassant de ce navire échoué, le porte, entre chaque alerte physique, vers l'obscurité définitive. Henri TROYAT évoque subtilement l'ultime passage et constate amèrement l'effacement radical de celui qui n'est plus.
Appartement vendu, souvenirs dispersés (jetés ?) : de ce sillage de vie, que restera-t-il finalement dans l'Histoire et la Mémoire des hommes ? Notre sort commun finalement ...
Suites de Viou :
1986
À demain, Sylvie (Flammarion
)
Viou a grandi : désormais, elle est Sylvie, jeune parisienne des années 1950, insérée dans une vie aussi passionnante que tumultueuse.
A 15 ans, elle se révolte au creux d'une adolescence nappée d'idéalisme. Ses élans déchirés l'emportent à juger sévèrement le couple de sa mère et de son beau-père. Tout en voulant plaire à Xavier, père de substitution, doux, aimant et compréhensif, elle rejette sa place "usurpée" aux côtés d'une maman vénérée. Pourtant dans la même spirale, cette femme idéalisée subit les assauts révoltés de Sylvie. Accusée de légèreté, elle trahit, de chaque instant volé par un autre homme, la mémoire de la passion vécue il y a dix ans, unique, véritable. Comment a-t-elle pu oublier si vite son "vrai mari", le père de Sylvie, icône éternelle si haut placée dans le Panthéon intime de la jeune fille ?
Elle sera seule désormais à défendre l'honneur de cet homme bafoué. Et pour être digne de ce héros, elle travaille durement sa passion pour la danse, délaissant le versant scolaire qui ne l'attire décidément pas. Elle exige la gloire, de cet art difficile, se rêve scintillante au ciel des ballets classiques.
Malheureusement, la vie se charge de couper les ailes aux ambitions les plus nobles. Un souffle au coeur la contraint à arrêter l'entraînement. Et la vérité se dévoile dans l'aveu sincère de sa professeur : le talent manquait malgré l'acharnement, les cours particuliers, malgré tous les espoirs investis. La chute aux pieds de la réalité se révèle bien rude.
L'amour de Pascal, passion forcément unique dans l'histoire amoureuse, parvient tout juste à sauvegarder Sylvie du désespoir. Mais là encore, la déception émerge : Pascal déménage aux USA, sans états d'âme particuliers pour leur rupture définitive ... . Décidément, la vie se dessine comme une insoutenable légèreté des êtres, un tissu de trahisons et d'égoïsmes, l'impossible sincérité d'un pur amour de l'autre !
Que faire de ces âpres leçons : se complaire dans le sursis du passé, à l'exemple de sa pauvre vieille grand-mère du Puy ? Ou aborder l'avenir, avec toujours l'espoir de lendemains à construire ? Olivier ... ?
1987 Le Troisième Bonheur
(Flammarion)
Sylvie a 21 ans en cette fin 1959. La mort de sa grand-mère referme l'épisode douloureux de l'enfance. Elle brûle ce passé, jetant au brasier le funeste tableau où son père arbore la figure sinistre d'un commandeur.
La vie s'ouvre dans un rayonnement d'espoir, dans l'amour calme d'Olivier, dans la douce chaleur du couple parental.
D'un seul coup, son indépendance se précise : elle achète un appartement et devient la collaboratrice de confiance de l'agent immobilier, une vieille dame de style anglais, agréable et perspicace.
Mais la rivière ne coule jamais sans remous. Sa mère quitte Xavier et la digue est rompue. Ce drame s'imposera comme l'étape nécessaire à l'émancipation de Sylvie, à son éclosion de femme. Révoltée par la trahison de sa mère, elle défend Xavier, en qui elle reconnaît désormais le père adoptif, le vrai père d'amour si longtemps recherché. Elle le regarde, impuissante, sombrer dans le désespoir, jusqu'au matin fatal où ...
Orpheline une seconde fois, elle perd confiance en cette mère destructrice, qui elle, se remarie vers une troisième bonheur.
Sylvie, désormais en charge de l'agence immobilière, fixe sa vie avec Olivier, durablement, sans à-coups. Elle lui donne un fils, Xavier.
Mais une fêlure impalpable la garde rétive aux grandes émotions de la vie. Des fantômes prégnants, des histoires inachevées et une douceâtre nostalgie ....
1988
Toute ma vie sera mensonge (Flammarion
)
En cet automne 1943, Paris souffre de la faim, de l'occupation qui s'éternise, des bombardements qui menacent. Finalement, mieux vaut être du côté des plus forts, accueillir ces allemands, obtenir leur bonne grâce et profiter du marché noir. A La Poivrière, personne ne manque de rien. La cuisine est excellente, le restaurant toujours complet et les maigres remords s'effacent vite au creux d'une assiette bien garnie.
Vincent a 17 ans et une adolescence à fleur de peau, révoltée, mâtinée de poésie. Mais la sécurité offerte par son père et sa belle-mère mérite quelques accommodements avec sa conscience. Valérie, sa soeur aînée, semble plus critique, surtout lorsqu'elle s'attache aux idéaux d'un résistant. Toutefois, le confort gagne toujours. La liberté et l'autonomie des deux jeunes ne sont que bulles factices, accolées à la manne pécuniaire des parents, à l'opportunisme de ces BOF (Beurre-Oeufs-Fromage).
Cependant, les Alliés progressent, la fortune s'inverse : les parents fuient.
Demeurés seuls dans un Paris frénétique, dangereux, Valérie et Vincent doivent s'assumer. Mais le jeune homme ne supporte pas l'intrusion amoureuse d'Hervé, beau héros guerrier, dans le couple fusionnel qu'il forme avec sa soeur. Une visite de la Milice à leur appartement et en quelques phrases lâchement balancées, toute la vie de Vincent bascule dans le mensonge et l'enfer éternel.
Désormais, Vincent portera une identité d'assassin, celui d'Hervé fusillé, celui de Valérie, morte de désespoir. Et pourtant, la vie continue, dans les pas de son père, pour la gloire de La Poivrière.
La confession suffira-t-elle à extraire ce pieu planté en pleine mémoire, ressassement incessant, axe d'une vie fausse, mentie ... ?
1989
La Gouvernante française
(Flammarion )
"Cette année 1917 qui vient de commencer ne me dit rien qui vaille " Sage intuition de la part de Melle Arnaud, gouvernante française au service des Borissov, riche famille bourgeoise de Petrograd.
En effet, la Révolution russe s'amplifie et la vie quotidienne se lit dans un climat d'angoisses accentuées. Le désordre mondial s'enchevêtre, lourd ciel de plomb sur un avenir incertain : les jours du Tsar sont comptés et à l'ouest, la guerre s'éternise dans les tranchées.
Geneviève vit cet enchaînement de la grande Histoire et en subit les contrecoups, dans le chaos du quotidien russe. Portée par l'amour d'un journaliste-poète, trop engagé dans les idéaux du peuple, elle observe le déferlement révolutionnaire, jusque dans les appartements désertés par la famille Borissov en fuite vers la France.
Miraculeusement rescapée de la fièvre typhoïde qui ravage Petrograd, amaigrie par les restrictions, elle refuse de quitter le pays et son amant, jusqu'au jour où ...
Désormais, c'est une femme brisée qui rentre à Paris en 1918, et y retrouve sa mère affaiblie par la grande guerre.
Mais peut-elle reprendre pieds dans son pays après avoir offert son âme à la patrie de Pouchkine ? Ne guérit-on jamais de la puissance de ce peuple comme d'un amour avorté ?
Malgré tout, elle retrouvera un morceau de vieille Russie dans l'exil parisien qu'elle partage avec tous les inconsolables russes blancs. Et Henri TROYAT fut de ceux-là, ressassant à l'envie ce noyau originel de son existence et rendant ici un hommage émouvant à celle qui fut "sa gouvernante française russe".
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