Perdre ses deux parents, ... son monde.

 

 

 

                      

 

 

        Un gouffre

 

     Se retrouver orphelin absolu - situation aujourd'hui exceptionnelle (0, 6% des 0-21 ans) - plonge l'enfant dans un gouffre brutalement ouvert sous ses pieds, une expérience radicale ressentie comme une amputation à vif. La rupture est violente et génère de forts sentiments de culpabilité (celle du survivant : pourquoi eux, sans moi ... ? ), tout en éprouvant une puissante révolte contre ces parents qui font subir une telle injustice à leurs enfants (Pourquoi m'ont-ils abandonné ?).

    Une telle situation se rencontre lors d'un accident ou éventuellement si, après le décès de l'un des deux, le parent veuf affaibli tombe malade, se suicide ou a un accident (phénomène de "mortel veuvage"). 

    L'enfant se retrouve seul du jour au lendemain. Sa vie bascule totalement. Il perd tous ses repères dans le sillage de ses parents, sa maison , sa ville, ses amis, etc. Il se sentira profondément trahi. Il vivra toute sa vie dans la crainte de la mort et de l'avenir. De fait, il aura beaucoup de mal à construire quelque chose de peur de tout perdre subitement (syndrome abandonnique).

    Au mieux, il est placé en famille, sinon il se réveille en institution dans laquelle un équilibre sera bien difficile à recréer.

     L'absence devient vite très lourde par manque d'amour, de câlins, de tous les moments de complicité autrefois partagés. Certains occultent ce passé heureux dans une amnésie protectrice. 

     Le plus difficile sera sans doute l'absence de mémoire familiale si personne ne peut lui raconter qui étaient ses parents. Il aura alors tendance à s'inventer des parents de substitution, des êtres magnifiques, les héros de sa légende qui peupleront son monde intime et lui permettront de combler le vide qui l'entraîne vers la souffrance.  

 

Ce voile sur ses origines, qui le condamne à être un mystère pour lui-même, lui donnera l'impression d'être un individu privé de racines. Il recherchera inlassablement le récit de ses origines.  

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         La vie sans remparts

 

        L'orphelin se voit plongé d'un coup dans la réalité brute, la vie matérielle, des responsabilités trop lourdes pour lui. Il perd d'un coup ses parents mais également tous ses repères : le foyer parental, sa chambre, ses copains, voir sa ville. Et il lui faut assumer un poids que son immaturité ne peut lui permettre. 

 

     Être orphelin des deux parents peut également se rencontrer lorsque le parent survivant fuit, s'enfonce complètement et n'assume plus ses devoirs parentaux. L'enfant peut alors se retrouver seul, à côté d'un parent moralement ou physiquement absent. Il doit gérer sa vie quotidienne, se prendre en charge, passer ses soirées ou mercredis seul ...

Dans les cas extrêmes, l'autorité parentale peut alors être retirée, provisoirement ou définitivement, au parent démissionnaire. Le placement est alors imposé.

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      Retrouver une famille

 

Deux possibilités de placement s'imposent à l'enfant :    la famille ou l'institution. 

Dans les deux cas, le code civil organise la tutelle des orphelins (en autre, en maintenant les liens de la fratrie et en surveillant la gestion d'un éventuel héritage)

 

               La famille (ou plus rarement des amis, marraine, parrain) se voit confier la garde de l'enfant sur décision du juge des tutelles. Ce dernier constitue puis préside le conseil de famille (4 à 6 membres). Le juge contrôle ce placement jusqu'aux 18 ans de l'enfant et convoque le conseil de famille lorsque la situation le requière. 

Le tuteur assure l'entretien de l'enfant et le représente pour les actes administratifs courants. Il est soumis au conseil de famille et au juge des tutelles pour les actes importants (notamment touchant à l'héritage de l'enfant).

 

    

En 1997, le Parlement des enfants firent voter, par l'Assemblée Nationale, un renforcement des droits de l'orphelin de moins de 16 ans  au conseil de famille (réunion à sa demande, à laquelle il participera). Ce regard d'enfants porté sur une fraction malheureuse de leur monde s'érige en symbole fort.

 

    Il est ainsi fréquent que l'enfant soit recueilli par ses grands-parents

-    Encore faut-il qu'ils puissent subvenir financièrement à l'éducation de l'enfant. Certaines retraites suffisent à peine à assurer le quotidien. 

-    D'autre part, leur âge et leur état de santé permettent-ils d'assumer un jeune ? 

-    Peuvent-ils affronter le deuil de l'orphelin alors qu'eux-mêmes viennent de perdre leur enfant ? 

-    Des conflits, notamment à l'adolescence, naissent parfois car deux générations séparent les grands-parents et l'orphelin. 

 

     L'enfant peut être adopté par ses oncles et tantes.

La jeunesse et la proximité avec les parents facilitent-ils l'insertion affective de l'enfant ?

La charge financière peut encore faire obstacle.

 

     L'enfant peut également être élevé au sein de sa fratrie si celle-ci est majeure. Mais cela représente une charge et une responsabilité lourdes pour un début de vie adulte. 

 

    Quelle que soit les liens familiaux entre l'orphelin et ses tuteurs, le placement en famille esquisse la solution idéale, même si l'histoire s'écrit, difficile, douloureuse. 

   

 

        Si personne ne peut ou ne veut assumer la charge de l'enfant ou de la fratrie, le(s) mineur(s) sont confiés à l'aide sociale à l'enfance

Lorsqu'ils n'ont plus aucun lien familial, les orphelins sont reconnus pupilles de l'État . En 2005, 9 % des enfants reconnus pupilles de l'État étaient orphelins, soient environ 217 orphelins. Les adoptions s'avèrent exceptionnelles.

L'aide sociale à l'enfance décide alors le placement en institution (établissements social ou spécialisé) - parfois au sein d'une association de type Villages d'Enfants SOS (la fratrie réunie auprès d'une mère d'accueil) ou les Apprentis Orphelins d'Auteuil.  

L'enfant peut également être confié à une famille d'accueil. 

 

     1950 ... 1980 ... 2007 ?

G.Cesbron (Chiens perdus sans collier) ou J.L. Lahaye (Cent familles) témoignèrent - chacun à leur manière - de la vie des enfants placés à l'Assistance Publique puis DDASS ( et aujourd'hui renommée ASE - Aide Sociale à l'Enfance). 

Témoignage d'un ancien pupille de l'Assistance publique sur le site qui présente son ouvrage : http://www.lenfant-de-locean.com

 

    P.Verdier, spécialiste de l'aide sociale à l'enfance (ancien directeur de la DDASS), interrogé lors d'un récent reportage sur France 2, dénonçait l'instabilité offerte à ces enfants (toutes situations parentales confondues), ballottés de place en place, incapables de sécuriser leur avenir. Il propose, dans un ouvrage réédité depuis 20 ans (L'enfant en miettes), une réflexion destinée à faire évoluer les pratiques en faveur des enfants placés.

Son expérience foisonne d'exemples tragiques, désespérés. De nombreux parcours n'ont connu que séparations violentes, jusqu'à 20 ruptures en seulement 17 années d'existence. Le manque d'attention individuelle, de tolérance, d'affection empêche toutes possibilités de structurations psychiques. Les familles d'accueil ne sont pas formées pour affronter les problèmes psychologiques et se voient trop mal rémunérées. 

Ces enfants stagnent à un niveau scolaire primaire, sont agressifs ou totalement atones, présentent des carences affectives évidentes, voir un grave retard du développement intellectuel.

Une grand nombre finissent dans la délinquance, la prostitution ou sont classés "inadaptés sociaux", états de marginalisation difficilement rattrapables.

Sa conclusion interroge la responsabilité de l'État : Ne peut-il offrir d'autre chance aux jeunes qui lui sont confiés, que "Pas d'avenir" ?

Se pose ici un  réel "défi"  appelant (et ce depuis trop longtemps) une véritable concertation publique. De sérieuses mesures  - voir une refonte total du système - sont à repenser, visant cette priorité qu'est l'enfant, seul et nu devant une réalité subie, une vie sapée dès l'aurore. 

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         Une destinée "orpheline"

 Désormais, "Orphelin" sera une identité posée à vie autant pour les autres que de lui-même.   

 

    Tous les sentiments, décrits pour les orphelins exclusifs, se trouvent multipliés :    

sensibilité exacerbée, blessure toujours ouverte, besoin d'être admiré, solitude, carence affective très vive, etc.

Des pathologies ultérieures ont davantage de risque de se développer (psychologiques ou sociales).

 

    Il n'est pas rare que l'enfant se sente de trop, encombrant. Ce sentiment peut être provoqué par la situation et les interrogations des adultes qui l'entourent: "Que va-t-on faire de cet enfant ? Qui va le prendre en charge ? Qui peut l'assumer ?"

Il grandira alors avec l'impression d'être un fardeau imposé à ceux qui l'élèvent. Il aura ainsi tendance à grandir plus vite, à se responsabiliser rapidement afin de ne plus dépendre des autres.

 

     Il développera le sentiment aigu d'être différent des autres enfants. Il sera "le sans-famille" aux yeux des autres, alors parfois il cachera sa réalité. Il pourra s'inventer des parents, riches et célèbres.

Il accueillera assez mal les regards de compassion, de pitié posés sur lui. Mais il vivra tout aussi mal le rejet dû à l'incompréhension car cette souffrance est effrayante pour les autres. L'enfant risque de se murer dans son monde.

 

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Dernière modification : 30-08-2010