
Renaître orphelin ... Un printemps révolu
Que représente cet évènement choc, "devenir orphelin " de père ou de mère ? ....
Comment l'enfant peut-il vivre cette fatalité ?
Comment le lui annoncer ?
Que faire pour soulager sa peine ? ... Quelles défenses va-t-il développer ? ..... Quelles séquelles gardera-t-il ?
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Un deuil précoce signe le destin de toute une vie.
L'enfant ne "vit" pas la mort comme les adultes.
Les paroles posées sur l'évènement seront capitales pour l'enfant.
L'enfant doit vivre l'évènement avec sa famille.
Les réactions de deuil sont à la fois comme l'adulte ....
.... Et spécifiques à sa condition enfantine.
L'enfant retardera toujours une partie du travail de deuil pour continuer à grandir.
Plus que tout autre, l'enfant réclamera beaucoup d'amour.
Le défunt ne doit pas devenir un mythe
L'école joue un rôle capital dans l'équilibre que l'enfant cherche à rebâtir.
L'orphelin surprendra par son caractère paradoxal, une seconde peau habillée à vie
Un deuil précoce peut être un facteur de risque adolescent mais rien n'est écrit d'avance.
Note
: Nous ne traitons ici que des cas d'orphelin exclusif de père OU de mère.
Une page aborde néanmoins les orphelins
absolus.
Perdre ses deux parents, son monde ...
Un deuil précoce signe
le destin de toute une vie.
HAUT
Le regret du parent disparu s'inscrit à jamais dans l'affectivité de l'orphelin.
Ce qu'on aurait dû vivre ensemble, sa présence aux anniversaires, son regard fier ou indulgent aux étapes essentielles de la vie, tout ramène à ce manque existentiel, souvent ressenti comme un grand vide intérieur. Une vie au conditionnel se tisse alors : "Si elle avait été là ...".
Pour combler le vide, il recherchera une relation identique et sera toujours en quête de beaucoup d'amour.
L'orphelin pourra s'identifier au parent disparu, vouloir accomplir ce qu'il n'a pas pu achever ou ressembler à ce qu'il voulait que son enfant soit.
"Et tous les orphelins semblent avoir l'âge d'une enfance éternelle."
Serge Moati. Paroles d'Orphelins.
L'enfant ne "vit" pas
la mort comme les adultes.
La compréhension du concept de mort évolue avec l'âge
Avant 3 ans : La mort n'existe pas
Il a besoin de sa mère
comme repère sécurisant dans son environnement.
La carence maternelle peut être fatale à l'enfant. En 1945, ce phénomène appelé hospitalisme fut étudié : Un tiers des enfants ayant perdu prématurément leur mère et placés en hospice, se laissèrent mourir ou moururent d'affections diverses dans les deux années qui suivirent.
Il vit dans la présence ou
l'absence physique. Il apprend - avec pleurs et colères - qu'une séparation est suivie d'un retour,
confiance précieuse pour construire sa sécurité affective envers les autres.
Il ne comprend évidemment pas pourquoi l'absence persiste.
Entre 3 ans et 6 ans : Rien n'est jamais pour toujours : Mort = Vie.
La pensée de l'enfant à cet
âge est très concrète et la
notion du temps n'est pas encore intégrée. Les explications abstraites seront
ainsi mal comprises. La mort ne survient que chez les vieux ou/et causée par un danger extérieur. Enfin, le mort peut revenir
puisque tout absent revient.
Il connaît la mort, puisqu'il
y joue : "Moi je suis un méchant, je te tue, tu restes un
peu par terre, comme si tu dormais, et puis on dirait que tu
ressuscitais". Ces jeux, mises en scène symboliques,
présentent une valeur structurante pour tous les enfants.
Il aime aussi écraser les insectes voir les torturer un peu ! Il voit des morts, images irréelles de la TV. Certains dessins animés peuvent le choquer en lui montrant cette réalité inconnue (Bambi, Le Roi Lion ne sont pas si innocents que cela : certains petits ne supportent pas de les voir).
Ses parents sont très forts et le protègent : il ne peut rien lui arriver, ni
à eux ... Il vit dans un monde magique où il est invincible, où il peut décider
de ce qui arrive. Ainsi, il peut très bien s'attribuer la responsabilité de la
mort de quelqu'un.
Il peut croire également que la mort est contagieuse et que lui ou les siens
vont disparaître aussi.
Réflexion entendue à 4 ans :
" Dis, Maman, tu peux le "démourir", Papa ?"
Entre 6 et 10 ans : Le concept de mort prend forme
La mort est encore violence, imposée de
l'extérieur, mais peu à peu il intègre qu'elle peut surgir d'une cause
biologique et arriver avant qu'on ne soit vieux.
Elle est irrémédiable et impose une séparation définitive puisqu'on ne voit plus celui qui meurt. Un corps mort est immobile et froid, insensible désormais à tout stimulation extérieure. Il sait qu'il faut l'enterrer mais peut-être part-il ailleurs, dans un autre monde... Il évoque alors l'idée de Dieu.
La mort se personnifie. Elle
prend forme en s'imageant (fantôme, etc.), parfois négativement.
Toutefois, pourquoi n'est-on pas éternel ? Tout ce qui vit meurt-il ?
Pourquoi la vie est ainsi faite ? L'enfant devient un petit être social qui
construit son monde intérieur sur ce qu'il comprend de la réalité.
Ce concept effraie moins l'enfant que nous. Progressivement, il se forge sa vision de la réalité, autant par les discussions avec ses parents, ses copains que par ses propres expériences.
Cet âge est
propice pour parler de la mort avec l'enfant. Ce concept doit s'éduquer,
être discuté en famille au même titre que la naissance.
Il y sera confronté, même si cela ne doit pas le toucher de près. Certains livres aident dans cette démarche.
A nous adultes, de dépasser notre déni de la mort, notre angoisse intérieure.
et voir la fatalité en face : Vivre, c'est mourir, un jour ... .
"Nous avons essayé de tuer la mort par notre silence." FREUD
Après 10 ans : La mort est intégrée comme irréversible, universelle, biologique
L'enfant a intégré la pensée abstraite. On
appelle ainsi cette tranche l'âge de raison. C'est également une période de
latence sur le plan psychologique. Bien des conflits sont résolus, avant que
d'autres ne surviennent ... Il a acquis une certaine indépendance vis-à-vis de
ses parents.
Les jeux vidéos lui
permettent de continuer sa confrontation symbolique à la mort. Par contre, ce
type de jeux risquent de lui conférer une puissance qui le détache des
réalités de la vie. On tue sans vergogne et lorsque l'on est mort, on revit
dans la minute suivante pour un nouveau combat...
La notion de mort est
bien comprise. Mais la magie dirige encore l'imaginaire, alors ... D'autre
part, il a pu vivre ses premières expériences de disparition (animaux,
grands-parents, etc)
Cependant, jusqu'à l'entrée
à l'âge adulte, il vivra la mort d'un proche comme un drame, une injustice.
Enfin, la préadolescence voit
souvent l'enfant attiré par le macabre, qui l'effraie et le fascine tout à la
fois. Ainsi, il peut vouloir expérimenter les bords de la mort : il va jouer au
foulard ou sur les rails du RER. Ces extrêmes pourraient
être éviter si il connaissait la réalité avec laquelle il flirte, comme
un chemin sans retour.
Plus l'enfant sera jeune, plus l'évènement sera traumatique.
Et plus les séquelles
seront prégnantes et ressurgiront à toutes les étapes de sa destinée.
L'immaturité
psychique représente l'obstacle le plus important à une compréhension et une
intégration de l'évènement.
Il ne comprend pas ce qui lui arrive. Pourquoi son monde bascule ?
Il a terriblement besoin de son père, de sa mère. Où sont-ils ? Quand reviennent-ils ? Est-il responsable de leur départ ? Pourquoi le parent survivant est-il si différent ?
Les sujets d'inquiétude, d'insécurité se multiplient, s'accumulent. Sans réponses, sa détresse sera immense.
Avant 3 ans, l'inconscient va graver des angoisses très difficiles à écarter
plus tard. Vers 8-10 ans, sa compréhension de l'évènement lui permettra
d'affronter plus consciemment l'obstacle.
Toute perte avant 12 ans représente
une lourde épreuve qui laissera des séquelles indélébiles. .. Et les
conséquences lors de l'adolescence sont encore fortes.
Toutefois, la mort de ses parents, même à 50 ans, marque une étape douloureuse ...
Avant tout, ne pas masquer la maladie ou l'accident ...
Ne pas cacher la mort de son parent ...
L'enfant sentira qu'il se passe quelque chose de grave dont il est éloigné.
Il vit dans l'imaginaire et ses capacités d'affabulation surpassent de loin nos fictions. Il s'inventera des explications sans doute plus préjudiciables que la vérité même. Face au silence ou aux fausses paroles, il saura que les adultes le traitent comme un être à part, lui mentent, l'isolent. Sa confiance en eux s'ébranlera totalement, il sera toujours dans le doute du mensonge d'autrui.
Il doit pouvoir exprimer ses émotions et accepter sa peine. Il doit pouvoir poser des questions, partager ses angoisses.
Les adultes doivent accepter:
** d'une part que l'enfant souffre : c'est un passage inévitable. Un chagrin refoulé débordera tôt ou tard avec une violence dommageable pour sa santé psychique.
** D'autre part, que ses réactions soient différentes de celles de l'adulte, même si elles se calquent en partie sur celles du parent survivant.
Les non-dits, les secrets de
famille agissent comme des lames de couteau ancrées à jamais dans le
psyché.
Peut-on grandir normalement avec ça ?
Et dire la VÉRITÉ ...
... malgré la peine, la peur d'affronter le chagrin de l'enfant, ses questions parfois crues ....
Même si les mots ont du mal à venir, même si on pense ne pas exprimer correctement les choses, même si la peine submerge tout ... Il vaut mieux que l'enfant entende : "Je n'arrive pas à te parler. J'ai très mal en moi. Ce sont des moments très durs. Mais nous y arriverons." ... qu'un silence pesant.
Au fil du temps et de la parole, le dialogue s'affinera entre l'enfant et les adultes. Cependant, la confiance dominera et renforcera les liens entre les endeuillés.
Ne rien dire présente
le risque que l'enfant se tisse une trame de "réponses
personnelles" (Maman m'a abandonné, Papa ne veut plus me voir, je
suis trop méchant ! ) totalement erronées, des explications qui le
maintiennent dans un malaise permanent, source de traumatismes ultérieurs. Une
fois enkystées, ces certitudes seront très difficiles à
éliminer.
Amener le sujet avec précaution : Choisir un endroit au calme, rassurant. Lui ouvrir les bras : "Je dois te parler d'une chose très sérieuse." Annoncer les circonstances puis l'irrémédiable, les informations indispensables. L'enfant aura besoin de temps pour les intégrer, pour prendre conscience de ce qui se joue.
Si le parent survivant ne peut faire face, un spécialiste de l'enfance (pédopsychiatre) ou un proche pour lequel l'enfant manifeste affection et confiance peuvent prendre en charge cette mise en mots.
Certaines phrases sont pourtant à éviter ou à rapidement préciser ...
Ne pas instiller un espoir de retour : "Papa est en voyage. ... Maman est partie ... ". Il se sentira abandonné, se croira un vilain enfant dont le parent ne voulait plus. Il peut également se sentir très en colère contre celui qui part en le laissant et développer un ressentiment tenace pour le reste de sa vie.
De plus, un voyage n'est jamais éternel : il/elle va donc revenir ... Pourquoi être triste ?
" Tu as perdu ton père " En cherchant, ne retrouve-t-on pas toute chose que l'on égare accidentellement ?
"Maman est morte car elle était un peu malade " = le moindre rhume va devenir une source d'angoisse ingérable.
"Papa s'est endormi pour toujours .... " ou " Il se repose. " = il associera le sommeil avec la mort et risque de développer des troubles du sommeil.
" Sa dernière grossesse l'avait beaucoup fragilisée." " Antoine la fatiguait beaucoup ces temps-ci." . Ce genre de phrases, inconsciemment lâchées au milieu de tant d'autres, rendent l'enfant responsable de la mort de son parent. Il entendra alors : " Je l'ai tué ! ", culpabilité accablante. Ce genre de situation s'instaure également lors d'un décès en couches : les aînés (ou même le père) accablent le bébé de la responsabilité de la mort, et le petit grandit avec cette charge de naissance.
Les paroles posées sur l'évènement seront
capitales pour l'enfant.
Avant 3 ans, il sera difficile de faire comprendre une telle réalité. Mais les mots ne s'arrêteront pas au temps du décès. Tout au long de son développement psychique, l'enfant reviendra sur ce choc originel, pour comprendre, l'intégrer à son histoire. Expliquer, rassurer, soulager seront alors des moments résurgents, au fil du temps. Il cherchera également à se construire ou reconstruire une image de ce parent et posera des questions à ceux qui l'ont connu. Il demandera, par exemple, à ses grands-parents comment était sa mère à 6, 8, 11 ans, si elle aussi faisait des bêtises. Comme lui, le défunt avait ses qualités et ses défauts. En quoi l'enfant lui ressemble-t-il ?
Annoncer la mort :
"Papa est mort." Le mot est essentiel à formuler car il est la Vérité. Toutefois, cet aveu doit être enrobé, amené avec douceur pour éviter une révélation trop brutale, traumatisante. Il doit également être défini : qu'est-ce qu'être mort ?
F.DOLTO disait, comme une évidence : " On ne meurt que quand on a fini de vivre"
" Son coeur a cessé de battre, et il ne respire plus. Son corps ne bouge plus et ne ressent plus rien. "
" Tout ce qui vit meurt : Les plantes, les animaux, les hommes. La pierre elle ne meurt jamais mais elle n'est pas vivante."
" La mort fait partie de la vie. Simplement, ce qui est naturel est de naître, de grandir, de devenir adulte, de vieillir, puis de mourir. D'ailleurs, tout le monde veut vivre très vieux. Et c'est pour cela que l'on trouve injuste de mourir jeune. "
" Personne ne sait ce qui ce passe après la mort. Je l'ignore bien sûr, même si j'imagine (....) Et toi, qu'en penses-tu ? "
"Nous ne le reverrons plus jamais. C'est très difficile à accepter car tu avais encore besoin de lui."
" Tu aimais lui faire beaucoup de câlins. Désormais tu ne pourras plus te blottir contre elle. "
" Tu trouves que cela est injuste car elle était encore jeune et tu avais besoin d'elle."
"Tu vas beaucoup pleurer, tu vas avoir très mal en toi. Moi aussi. Parce que nous aimions énormément Maman."
L'enfant doit
entendre certaines paroles pour le soulager, le sécuriser.
"Tu n'est pas responsable de ce qui arrive (de la maladie, de l'accident, du suicide de Papa ou Maman)".
" Ce n'est pas parce que tu as été méchant, capricieux que Papa est mort. Papa t'aimait même lorsque tu faisais ta mauvaise tête."
" Ce n'est pas parce que Maman s'occupait de toi qu'elle était fatiguée : tu n'est pas la cause de sa maladie."
"Papa ne voulait pas nous laisser, ni toi, ni moi, ni papy et mamie."
"Maman t'aimait plus que tout au monde."
" Maman était très gravement malade. Maintenant, elle est soulagée, son corps ne souffre plus."
"Cette maladie n'est pas contagieuse. Ni toi, ni moi n'allons l'attraper."
" Moi, je ne suis pas malade. Je ne vais pas mourir. Je désire vivre très vieux pour connaître tes enfants."
"Il existe des maladies que les médecins ne peuvent pas guérir. Ils cherchent mais ils n'ont pas encore trouvé les bons médicaments. Ils ont fait tout ce qu'ils pouvaient mais cette maladie est trop forte. "
"Papa a eu un accident très grave. Il s'est trouvé au mauvais moment au mauvais endroit. Il n'a pas pu éviter la voiture. Ce n'est pas pour cela que cela va nous arriver."
" Il est exceptionnel qu'un homme, une femme meurent jeune. Tu peux devenir un homme/une femme sans mourir jeune. Regarde Grand-mère : c'est une femme, une mère, une mamie et elle n'est pas morte."
"Moi je suis là et je t'aime. Ce n'est pas parce qu'il est mort que mon amour pour toi va changer."
" En ce moment, tu me trouves sans doute différente parce que j'ai beaucoup de peine. Mais je suis toujours ta maman et je serais toujours là pour toi. "
Décrire les obsèques
"Nous allons coucher son corps dans un cercueil. Puis nous allons l'enterrer, c'est-à-dire le mettre dans la terre dans un endroit appelé cimetière où l'on met tous les morts. C'est un jour difficile à vivre mais la famille et les amis seront là pour nous aider."
Dans les cas d'incinération, sans doute faut-il amener le sujet très prudemment et -si l'enfant est très jeune- différer cette annonce relativement effrayante.
Certains petits enfants n'acceptent pas que l'on mette le corps dans une boîte, fermée ("Mais il va étouffer ..."). Il faut insister davantage sur le confort, les beaux tissus qui vont entourer douillettement le corps, comme un nid, un cocon de douceur, une preuve de notre amour ( et éviter le mot "lit").
La vie va continuer, malgré tout.
"Elle va beaucoup nous manquer."
"Mais cela ne va pas durer. Nous allons apprendre à vivre sans lui. Cela ne veut pas dire que nous allons l'oublier, au contraire. "
"Elle restera pour toujours dans notre coeur car nous nous souviendrons toujours d'elle. En notre amour, elle continuera de vivre"
"Notre vie maintenant sera différente mais nous apprendrons à reconstruire un autre bonheur pour se sentir bien et continuer à vivre, pour que tu grandisse comme les autres enfants"
"Nous en parlerons ensemble, nous regarderons les photos, les films."
"Grâce aux photos, aux films, à son journal, sa personnalité, son âme, resteront toujours auprès de nous. L'amour que tu as dans le coeur ne partira jamais non plus"
"Nous irons fleurir sa tombe, si tu le désires, si cela t'apporte un réconfort de t'occuper d'elle ainsi. Si cela est une épreuve insurmontable pour toi, de voir son nom figé sur la pierre, tu n'iras pas. Cela ne veut pas dire que tu l'oublies mais aller sur sa tombe est un acte qu'il te faudra apprendre à accepter, avec le temps "
L'enfant doit vivre l'évènement avec sa famille.
Éloigner moralement comme
physiquement, l'enfant n'est pas le protéger : il se sent délaissé, son anxiété
est très forte et difficile à gérer seul.
Il faut juger ce que l'enfant est capable de supporter, sans être submergé par des émotions trop violentes.
Mais rappelons qu'autrefois, les enfants participaient à tout le rituel, de la veillée à la toilette du mort, et aux funérailles.
L'enfant peut voir le corps du
défunt (à moins qu'il ne soit très "changé"), lui dire "Adieu
", - SAUF s'il refuse de le faire et il en a clairement le droit
-.
Un enfant est capable de vivre ces moments. Il faut cependant qu'il soit préparé à revoir le corps de son parent - froid et immobile -. Il doit également savoir pourquoi le corps est mis en bière, comment on prend soin de lui par une dernière toilette et quelles sont les coutumes liées à sa religion.
Il peut écrire une lettre, faire un dessin qui restent son secret et le mettre dans le cercueil, près du mort. Ce geste d'amour, symbolique, peut s'accomplir avec simplement une fleur.
Il sera alors aux côtés du parent survivant, il partagera ses moments avec lui. Ce vécu l'aidera à prendre conscience de ce qu'il vit : personne ne lui a menti et c'est bien Papa qui est là, immobile. Au doute fera place la certitude, étape importante vers l'acceptation.
L'enfant peut assister à la cérémonie d'enterrement à condition d'être
soutenu et préparé à ce rituel. Toutefois, il doit être prêt et décidé à
le faire. Il faut alors lui décrire les lieux, ce qui va s'y passer et pourquoi
cela se déroule ainsi. Il ne doit pas rester seul mais être confié à une
personne choisie par lui, qu'il aime. Ainsi relayé, le parent survivant sera
plus libre de ses émotions, même s'il garde son enfant proche de lui.
Quelque soit le moment, l'enfant doit avoir les informations nécessaires à la compréhension de l'évènement, afin que rien ne risque de le choquer exagérément. Des mots préalablement entendus préparent aux images (visualisation anticipée) qu'il va vivre puis conserver toute sa vie.
Au milieu de tout ces
évènements, l'enfant doit continuer à mener - dans la mesure du possible - sa
vie de petit, jouer, voir ses copains, aller à l'école ... sans jamais être délaissé.
Dans tous ces moments de l'après décès :
L'aide de la
famille ou de tiers est indispensable
pour seconder le parent restant abattu par les responsabilités : il doit
assumer la maladie, le choc, les formalités de décès, son propre deuil, la
vie à repenser, .... Mais il doit accepter aussi sa vulnérabilité :
personne n'est surhumain surtout après un tel stress psychologique.
Comme après un attentat ou un
accident collectif, une cellule
de crise individuelle devrait
exister afin que la famille soit prise en charge psychologiquement.
Des associations proposent des
espaces d'accueil et de dialogues pour les familles endeuillées, y compris les
enfants :
"Vivre son deuil" - 7, rue Taylor - 75010 - Paris - 01-42-38-07-88 et 01-42-38-08-08 (écoute téléphonique) -
www.vivresondeuil.asso.fr + antennes en province
"Dialogue & Solidarité" - 10, rue Cambacérès - 75 008 Paris
"Association Elisabeth Kübler-Ross" - 10, rue Grande - 36 000 Châteauroux - - 60, Rue Michel-Ange - 75016 - Paris
Aider
l'enfant, c'est d'abord aider la famille (et ce, à tous points de vue)
Les réactions de deuil sont à la fois comme l'adulte ....
Les trois phases principales
du travail de deuil : Protestation - Désespoir - Détachement, se lisent dans
le processus psychique enfantin.
Comme les adultes, l'enfant va
refuser de croire ce qu'il entend. Ce déni peut durer plusieurs jours. Puis la
colère explosera et précèdera les pleurs et l'abattement. Les questions
viendront peu à peu.
Cet évènement le fragilisera
et lui fera perdre
momentanément ses repères. Son parent survivant sera différent, désespéré,
distant, nerveux ou atone. Il marquera une baisse d'attention en classe (qui
doit rester temporaire), son esprit étant entièrement absorbé par
l'évènement. Si le décès entraîne un changement de domicile et
de ville, un cadre de vie rassurant sera plus difficile à redessiner.
La dépression succèdera au premier choc, avec son lot de sentiments négatifs
(tristesse, désespoir, culpabilité, manque, recherche de l'être perdu,
identification à lui) qu'il exprimera par le comportement. Ce temps durera
plusieurs mois. Comme l'adulte, cette phase est douloureuse mais nécessaire
dans le travail du deuil. Toutefois, l'enfant n'ira pas jusqu'au bout de ce
processus.
Ses réactions dépendront
fortement des relations qu'il entretenait avec ses parents - et notamment le
parent disparu - avant le
décès.
Et spécifiques à sa condition enfantine.
L'enfant exprimera sa douleur
essentiellement par le corps : régression, énurésie, manque d'appétit ou
refus de manger seul, troubles du sommeil, agressivité. Il peut temporairement paraître
asocial, très agité, provoquant.
Il ne manifestera pas son chagrin en continu : son immaturité psychique ne peut lui permettre une telle tension ...
Maintenant, il se peut aussi que l'enfant ne manifeste rien sur le moment et continue son monde : il peut durant un temps se protéger contre ce choc trop brutal mais cette indifférence ne doit pas durer. Il faudra un jour ou l'autre qu'il intègre l'intensité de la perte et que le chagrin sorte.
L'enfant sera très inquiet
pour l'avenir : que va-t-il nous arriver ? Vais-je perdre mon autre parent ?
Cela peut se traduire par des maux de ventre ou de tête à répétition et/ou
par des troubles du comportement.
Par contre, il peut se sentir investi d'une mission et avoir tendance à prendre
en charge la peine du parent restant. Pour ne pas le perdre aussi, pour le
soulager, il va se mettre à le materner : ce n'est clairement pas son rôle.
Il se jugera désormais
différent des autres et pourra en éprouver de la honte. Ses sentiments de
culpabilité seront ressentis plus fortement que chez les adultes
(toute-puissance enfantine).
Il peut souhaiter
rejoindre le parent disparu et plonger la tête sous l'eau pour comprendre
comment son père s'est noyé. Ce danger doit être perçu et surveillé.
La fratrie sera un
soutien primordial pour chacun, un cocon de chaleur. Pourtant, chaque enfant réagira à
sa mesure. L'enfant unique ressentira davantage la solitude.
Selon le sexe de l'enfant, sa manière d'exprimer son ressenti sera différente.
Les filles affrontent l'évènement de face, montrent leur peine. Les garçons
cachent davantage leur émotions car il leur est difficile de s'y
confronter.
Il est important que l'enfant reçoive en héritage un objet ou une boîte à
trésors ayant appartenus au défunt. Ce fétiche, symbole que le parent a
existé et signe l'absence, aide à modifier les relations sur un mode
intérieur et à convertir le vécu en souvenir.
L'enfant retardera toujours une partie du
travail de deuil pour continuer à grandir.
L'enfant n'a pas les
moyens de mener le travail de deuil jusqu'au bout, sa maturité psychique
n'étant pas suffisante.
D'autre part, toutes ses forces se concentrent pour grandir. L'enfant ne peut à la fois se construire et déjà reconstruire une partie de lui dont il aurait encore eu besoin pour bâtir sa personnalité.
La fin de l'adolescence marque une possible résolution du deuil. Pourtant, beaucoup de témoignages d'orphelins évoquent une remise en cause lors de la naissance de leurs propres enfants. L'absence du modèle "manquant", paternel ou maternel, ressurgit, douloureuse. Parfois même, la blessure ne se refermera jamais, notamment si elle a été précoce ou suivie de moments trop pénibles.
L'enfant grandira avec l'espoir
secret de retrouver ce parent même si la mort est comprise dans toute sa
dimension d'irréversibilité. Cela lui permettra de supporter l'absence.
Il s'inventera un parent imaginaire, avec lequel parfois même il parlera. Ce personnage, son héros, vivra en lui, avec lui. Cette stratégie lui aura permis de convertir la présence en absence , en souvenir, de recréer un cadre à la relation physiquement perdue, étape importante du travail de deuil. Il aura restauré une intimité avec le disparu et, à sa manière, intériorisé spirituellement la mort.
Cette relation privilégiée fera souvent du parent une image idéalisée, une étoile, un ange gardien. Et pour loger cette icône, il élèvera son propre autel, un endroit rassurant (le ciel, un nuage, ou tout autre).
Il est fréquent que l'enfant
recherche un parent de substitution. Ce peut être un grand parent ou un oncle,
une tante... ou pourquoi pas son beau-père/sa belle-mère, promesse d'une
nouvelle cellule familiale.
L'enfant avancera sur le chemin de l'acceptation de la perte si ses proches
accomplissent eux-mêmes leur deuil, si l'harmonie familiale est positive, si
tous restent ouverts à ses réactions.
Plus que tout autre, l'enfant réclamera beaucoup
d'amour.
Il cherchera le
réconfort désirant beaucoup de câlins.
Mais il ne devra pas non plus être surprotégé, étouffé par la crainte du traumatisme. Cet extrême, concevable devant à cet oiseau tombé du nid, ira à l'encontre de sa progressive autonomie adulte.
Le défunt ne doit
pas devenir un mythe
Faire peindre un tableau grandeur nature ou sculpter un buste du parent
décédé, alors installé au centre de la vie familiale ( et du salon) provoque
une répulsion de ce regard minéral, figé, dérangeant.
Vivre dans le
souvenir du parent ne signifie pas vivre avec une froide statue. Une nouvelle place va lui être
dessinée mais en filigrane d'une vie quotidienne qui se réajuste, peu à peu,
sans lui.
Dire à l'enfant : "Attention ! Papa te voit " , notamment à chaque bêtise, lui laissera croire qu'il est sans cesse observé, jugé, désapprouvé.
Il ne doit se muer en fantôme, en être inquiétant qui surveille, passe dans le souffle du vent et revient la nuit comme une ombre de chagrin. Il enfermera alors la famille dans une lourde atmosphère de peur, macabre. L'enfant s'évadera alors, à sa manière, de ce monde des morts qui couvre d'une chape de béton la vie familiale. L'adolescent risque de rechercher des compensations, soit dans la fugue, soit dans les toxicomanies.
En outre, l'enfant
risque de s'identifier complètement à cette personnalité tutélaire,
incapable alors de construire sa propre identité. Il voudra alors
"être" ce disparu, réaliser ce qu'il n'a pu accomplir, opter pour la
même profession, adopter les mêmes passions, etc.
On doit pouvoir librement évoquer le défunt. Ses défauts, ses fautes appartiennent
aux souvenirs. Les anniversaires ne doivent pas se transmuer en
commémorations.
L'école joue un rôle
capital dans l'équilibre que l'enfant cherche à rebâtir.
L'école
constituera un refuge, un îlot de vie face à l'atmosphère pesante de la
maison.
Mais rencontrera-t-il la compréhension de son professeur ?
Face aux autres, il peut se sentir différent surtout si ceux-ci le malmènent.
Expliquer le drame que vient
de subir l'enfant serait une bonne leçon de vie pour toute la classe. Pourtant,
aborder la mort, la perte d'un parent se révèlent des thèmes tabous, fort peu
développés par les enseignants, tant ils craignent de choquer leurs élèves
et d'être mal vu par les autres parents. De plus, les professeurs rarement
confrontés à la situation d'orphelinage, se trouvent démunis, maladroits,
malgré leur compassion.
L'orphelin
surprendra par son caractère paradoxal, une seconde peau habillée à vie
A la fois très mature, il
étonnera par des moments de régression.
Il sera rêveur, enfermé puis tout à coup expansif, impulsif.
Il connaîtra des
instants de révolte contre le monde entier mais n'hésitera pas à voler au
secours des autres. D'ailleurs, beaucoup se dirige vers des professions sociales,
médicales, d'enseignement ou encore humanitaires.
L'enfant endeuillé
deviendra souvent un adulte d'une sensibilité particulière, qui libèrera dans
l'expression artistique le ressenti de ses blessures enfantines.
Il cherchera constamment
à se faire aimer des autres, à être accepté par tous.
Sa vie amoureuse pourra rencontrer des obstacles. Sa crainte de l'avenir, de tisser des liens solubles par le temps ou la fatalité risquent de lui imposer la fuite. Au contraire, son besoin d'affection, sa recherche d'un nouveau nid douillet où reposer ses ailes cassées peuvent l'ouvrir à la passion. Il peut alors, très jeune, fonder sa famille pour laquelle il donnera tout.
Un deuil précoce peut être
un facteur de risque à l'adolescence ... mais
rien n'est écrit d'avance.
L'enfant peut
développer une instabilité, signe qu'il ne peut surmonter seul le décès. Il
est alors préférable de consulter un spécialiste,
pour l'aider à rebâtir un équilibre.
Laisser l'enfant face à ses obstacles risque effectivement de générer des pathologies ultérieures (violence contre lui-même ou envers les autres, entre inhibition et agressivité).
Il peut considérer que la vie ne vaut pas d'être vécue, réaction face au
vide des repères identificatoires fondamentaux qu'il aurait dû se construire.
Cependant, il est reconnu que l'orphelin ressort de l'épreuve avec une force
psychique affirmée. Plusieurs explications sont suggérées :
- La majorité des deuils surviennent après 10 ans;
- La relation avec le parent survivant se renforce;
- L'épreuve oblige l'enfant à grandir plus vite, moralement;
- Les orphelins sont observés comme une population résiliente, selon la théorie de B. CYRULNIK.
Plus que la mort du
parent, les conséquences familiales constitueront le ferment de l'avenir. Un
vécu négatif préjudiciable à la santé psychique de
l'enfant plombera sûrement la construction d'un destin.
*** IMPORTANT ****
La FAVEC a lancé une ENQUETE sur les ORPHELINS
"Dans le cadre d'une étude sur les conséquences de la perte d'un parent pendant l'enfance, l'adolescence, ou le début de la vie d'adulte, la FAVEC a établi un questionnaire destiné aux personnes qui ont perdu leur père et/ou mère avant l'âge de 25 ans.
Vous pouvez le remplir en ligne sur le lien : http://www.surveymonkey.com/s/RPK79HH "
N'hésitez pas à participer !
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Tous les textes de ce site ont été cogités et griffonnés par Fourmi-Lierre (exceptés les passages signalés entre "..."). Ils n'engagent donc que la responsabilité de la petite bête. Mais en retour, Fourmi-Lierre revendique son droit d'accrochage, enfin plus communément nommé, son droit d'auteur : © Fourmi-Lierre ... !!

SOMMAIRE du SITE de la FOURMI-LIERRE :
Hall 1 : Sur l'étang des mots ...
Hall 2 : Être enfant ... Renaître orphelin
- Être enfant ... sans son père ou ... sans sa mère
- "Renaître orphelin. D'une réalité méconnue à une reconnaissance sociale."
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-
Renaître orphelin ... un
printemps révolu
- Perdre ses deux parents, son monde
Pages en cours de construction sur ce même thème de l'orphelin ...
- Sans famille. Une enfance à l'échelle de l'humanité
- Romantique orphelin . De poèmes en chansons.
- Une vie à cœur .... Le personnage de l'orphelin.
- ... Et à cri. Les écrivains orphelins
Hall 3 : Un si beau chemin ... Mr TROYAT
- Romans
- Biographies (Tsars, écrivains russes et français, ...)
- Divers genres (essais, théâtre, Littérature de jeunesse, ...)
- Une page de ressources sur la vie et l'œuvre de Henri TROYAT
Page en cours de construction :
- Biographie du grand académicien
Dernière modification : 30-08-2010