
Être
ENFANT...
sans son père ... ou ... sans sa mère.
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Tables des matières :
I-
Les orphelins existent-ils encore en France ?
I-1 - Le concept de mort dans nos sociétés : Des oeillères judicieusement posées.
I- 2 - Orphelin : Une réalité sociale ignorée des enquêtes statistiques.
I- 3 - Un nombre approximatif d'enfants orphelins ...
I - 4 - Comment expliquer ces données jugées surprenantes ?
I- 5 - Pourquoi, de nos jours, défendre la veuve et l'orphelin ?
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II-
Le choc originel : de la violence du décès à la solitude précoce.
II- 1- Fatalité ... dites-vous ?
II-2 - Le moment critique des obsèques
II- 3- Et ensuite .... ? Le temps du deuil.
II- 4- Et les enfants ?
II- 5- La solitude ... Trop jeune.
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III-
Une monoparentalité subie
III- 1- Entre parent seul et parent isolé
III- 2- Les éclats de verre de la solitude
III- 3- L'École : un enjeu essentiel
III- 4- Des ados à la dérive ...?
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IV- 1- L'entrée dans les difficultés : la mort coûte chère ...
IV- 2 - Défi n°1 : Connaître ses droits
IV- 3- Défi n°2 : Garder la tête hors de l'eau.
IV- 4 Défi n°3 : Être veuve : la galère totale ?
IV - 5 - Défi n° 4 : Être jeune, mère et sans foyer
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V-
La veuve et l' orphelin
méritent une "REconnaissance " sur la scène nationale.
V- 1- Mesurer l'aide à apporter
V- 2- L'aide immédiate
V- 3- L'aide administrative
V- 4- L'aide au quotidien
V- 5- L'aide à long terme
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Bibliographie
: Toutes les notes entre parenthèses se réfèrent à un
document signalé en bibliographie.
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I-
Les orphelins existent-ils encore en France ?
haut
I-1 - Le concept de mort dans nos sociétés : Des oeillères judicieusement posées
Notre société, comme tous
les pays développés, a vu régresser toutes les grandes causes de mortalité (épidémies,
guerres, ...) et admire les progrès - extraordinaires - de la médecine (à
moins qu'elle ne s'étonne de ses lacunes à tout guérir).
Désormais, notre quotidien côtoie la vie avec ses grandes interrogations existentielles ("l'éternelle jeunesse en alerte constante" ou "le légume miracle anti-cancer"), modestement domestiques.
Au final, nous refoulons l'avancée de l'âge - avec son corollaire inéluctable - notre propre fin. Notre condition d'humain conscient de sa destinée mortelle s'en trouve ainsi profondément modifiée.
S'il revenait (et imaginez son ahurissement !), Rousseau pourrait-il encore affirmer : "La connaissance de la mort et de ses terreurs est une des premières acquisitions que l'Homme ait faite en s'éloignant de sa condition animale".
Et pourtant .... Refusée sur le cours de notre vie, la mort coule en un
débordement désordonné de nos écrans allumés. Que l'on fasse l'expérience
: Il y a certainement plus de morts diffusés à la TV chaque jour que dans la
moyenne démographique quotidienne. Si à cela on ajoute les jeux vidéo (dans
lesquels, en quelques tirs bien ajustés, un bataillon entier est en miette!),
l'inondation fatale nous submerge.
Mais placée derrière une vitre, la mort est tenue en respect : elle appartient à la fiction, aux besoins de l'intrigue. Même les dessins animés participent de cette mise en scène d'une fausse mort : souvent le malheureux perdant étendu par terre se relève. La mort est réversible et cette victoire nous réjouit inconsciemment.
Lorsque pourtant la réalité se rappelle à nous lors des journaux télévisés, nous la tenons encore bien éloignée de notre expérience directe : elle concerne les autres, se déroule dans les contrées inconnues, se concentre dans des zones précises du globe ou reste confinées dans les hôpitaux. Et finalement, on se familiarise avec ces images, mises à distance de notre regard ...
Il est intéressant d'entendre cette phrase de Freud : "Nous espérons
survivre à notre propre mort en tant que spectateur", tant cette
non-existence, cet inconnu, ne peuvent être envisagés par l'esprit humain. Ce
concept du "spectacle de la mort", rejeté hors de soi, fixe la
distance protectrice d'invulnérabilité, certes nécessaire, mais peut-être
excessive.
Car, face à cette banalisation imagée instaurée par la TV, la mort s'érige en tabou collectif dans notre société. Quoi de plus paradoxal ! La mort et le deuil sont désormais rejetés hors des valeurs sociales, déritualisés, la religion garante de cet évènement étant elle-même bannie de nos pensées.
Malheureusement, quand elle happe l'un de nos proches, l'impossible prend forme. Et le choc est d'autant plus rude que toute mort précoce s'érige en injustice comme une terrible condamnation du destin.
Faire son deuil aujourd'hui se révèle une épreuve fort difficile. Car le soutien manque, la peur de se montrer maladroit, gênant - mais avant tout par crainte de partager cette souffrance effrayante.
Dans ce contexte de
désintérêt général, que sait-on encore des veuves et des orphelins ? Leur
sort à nos côtés nous concerne-t-il encore alors que les enfants des familles
dissociées débordent des
études et statistiques, portés en cela par l'ampleur et l'actualité du
divorce dans notre histoire sociale ?
I- 2 - Orphelin : Une réalité sociale ignorée des enquêtes statistiques.
Aujourd'hui, le vocable "orphelin" s'attache
surtout à ce qui est rare (les maladies
orphelines) ou à une perte
quelconque, dramatisée par les grands titres journalistiques : "L'équipe
de France, orpheline de son n°10, Zinédine, est battue par ... " .
Autres gros titres jouant sur l'ambiguïté du terme, "Les orphelins de 16h" - traqués par la présidence - désigne les enfants livrés à eux-mêmes après l'école ou "Les nouveaux orphelins " qualifie les enfants dont les parents sont séparés.
Voilà un bel exemple de mot de la langue française détourné de sa vérité première, comme de sa réalité tangible.
Ainsi, lorsque la Fédération Générale des Pupilles de l'Enseignement Public (fondée après la guerre 14-18 au profit des orphelins de ce terrible conflit) élargit son action à "tous les orphelins de la société", cette expression pourrait être requalifiée pour désignée exactement l'ensemble des enfants en situation familiale critique (car malheureusement, pour beaucoup, le drame est d'avoir des parents ...).
La dérive de ce
terme ferait presque oublier que l'orphelinage (la situation d'orphelin ou
d'orpheline) - concept sorti des dictionnaires -
se lit, encore et toujours, comme une réalité - certes minoritaire - du paysage
enfantin français.
Quelques corporations interpellent encore la solidarité collective : Ainsi, l'association des Orphelins de la Police Nationale (www.orpheopolis.fr) nous rappelle que certaines professions en France sont davantage exposées aux risques de mortalité précoce et violente. Elle nous apprend alors que 2300 enfants sont actuellement accueillis dans des structures éducatives et pédagogiques spécifiques.
Ce chiffre semble pourtant "dérisoire" au regard des situations exposées dans les pays du tiers-monde - africains, asiatiques - et fortement médiatisées.
L'image que nous nous
faisons de l'enfant orphelin, gamin des rues, sans abri ni protection, nous renvoie désormais aux affiches des
associations humanitaires. Et nous avons vu récemment (avec
l'Arche de Zoé) à quel point le sort des orphelins de guerre (ou d'autres
catastrophes sismiques) préoccupe les coeurs insatisfaits de parents occidentaux (et
satisfait les exploiteurs du produit "misère").
Il est vrai que la France ne présente qu'une maigre réserve d'enfants sans parents, "jugés adoptables". D'autre part, placés sous la tutelle de l'État, leur destin paraît confortable. Le petit Rémi (Sans Famille, H.Malot) ne mendie plus depuis longtemps et, de fait, la survie biologique de ces enfants ne représente plus un enjeu majeur. Quant au bonheur affectif, faut-il y regarder de si près ....
Ce manque d'intérêt se traduit dans le peu d'études psychologiques menées en France sur les enfants endeuillés. Les principales références demeurent anglo-saxonnes (avec, entre autres, les travaux de J.BOWLBY).
Est-ce pour autant
qu'il faille ignorer définitivement les enfants du deuil, subissant ce qui reste toujours un évènement
social, dans un pays qui s'enorgueillit de son dispositif de protection sociale
(2,6% de son PIB) en faveur des plus modestes ?
Comment expliquer que la dernière grande étude sur ces enfants date de 1947 (TABAH, Léon. Population n°1, INED, 1947) ? Pourquoi l'INED, le plus important Institut d'Études Démographiques au monde, habitué à décortiquer les plus infimes perspectives socio-économiques, "oublie" cet aspect de notre société ?
En 1999, l'Enquête Famille - EHF (menée conjointement par l'INED et L'INSEE), destinée à établir un bilan concret des divers aspects de la vie familiale des Français, se proposait d'observer le veuvage précoce et l'orphelinage. Pourtant, aucun relevé direct ne fut effectué sur la catégorie d'enfants concernés (les 0-20 ans).
Les seules données - concrètes - disponibles restèrent celles des personnes de + de 20 ans interrogées par les enquêteurs et qui déclaraient avoir perdu l'un ou leurs deux parents - ou leur conjoint.
"
2% des [ 19-29 ans] ont perdu leur père avant l'âge de 10 ans contre 7% chez
les [60-79 ans] et 15% chez les plus de 80 ans (Première guerre mondiale). La
proportion des [19-29 ans] ayant perdu leur mère est moindre mais non
négligeable. Globalement, les enfants perdent leur père plus tôt que leur
mère." Quant aux orphelins absolus, "1% des [19-29 ans] ont
perdus leurs deux parents", faible pourcentage aux yeux des
enquêteurs.
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I- 3 - Un nombre approximatif d'enfants orphelins
En 2003, deux chercheurs
démographes se penchèrent sur ce sujet ignoré, reconnaissants le désintérêt collectif pour cette catégorie
d'enfants "dont on présume, à tort ou à raison puisqu'on ne sait pas
combien ils sont, ni comment leur nombre évolue, qu'elle est marginale et en
voie d'extinction." (A. MONNIER et S. PENNEC)
Ils établirent alors une estimation globale du nombre d'orphelins entre 0-20 ans (à partir de des chiffres précédemment cités et des tables de mortalité / et selon une méthode de calcul dont ils déplorent eux-mêmes les limites de fiabilité) .
Ainsi, ils seraient 500 000, soient 3%* des jeunes < 20 ans.
*Toutes les données en rouge italique sont des estimations.
|
Tranches d'âge |
% |
|
0-4 ans |
0,5* |
|
5-9 ans |
1,7* |
|
10-14 ans |
3,3* |
|
15-19 ans |
5,7* |
|
20-24 ans |
7,3 |
|
25-30 ans |
19,5 |
La conclusion
des démographes traduit leur étonnement : Selon eux, ces
approximations se révèlent encore trop élevées ....
.... et surtout très disproportionnées :
|
Années |
Orphelins exclusifs de Père (%) |
Orphelins exclusifs de Mère (%) |
Orphelins absolus (%) |
Total (%) |
|
2003 1993 1960 1940 1920 1901 |
2,1 * ---- 8 15 20 25 |
0,6 * ---- 4 7 11 15 |
0,2 * 6,5 (1) ------ données manquantes ------- ------- |
3 * ---- ----- ------- -------- ------ |
|
Cadres / Professions supérieures |
Ouvriers |
Personnes inactives / invalides |
|
1,95 %* |
4,5 %* |
5,7 %* |
(1) Enquête "Passage à l'âge adulte", INED, 1993 (Trajectoires familiales des jeunes de 18 ans)
A titre de comparaison, la Sierra Leone, avant dernier pays sur la liste des états sous-développés, sorti depuis peu de la guerre, comptabiliserait 14% d'orphelins de [0-17 ans]. (Source UNICEF).
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I - 4 - Comment expliquer ces données jugées surprenantes ?
Historiquement, les orphelins de père ont toujours été 2 fois plus nombreux :
Dans 2 couples sur 3, les hommes sont plus âgés que leurs compagnes. (source
: EHF, 1999)
La France détient
le record européen de surmortalité masculine prématurée.
La mort épouse les inégalités sociales : plus on est bas sur l'échelle
sociale, plus on risque de mourir tôt. Et cela se vérifie surtout chez les
hommes dont le métier manuel fatigue précocement le corps. (INSEE,
1999)
"
Les catégories sociales pour lesquelles la proportion d'orphelins est la
plus élevée (agriculteurs, ouvriers, ...) sont également celles pour
lesquelles l'âge de l'enfant au décès de son parent est le plus précoce."
(EHF, 1999)
Évolutions récentes
L'âge moyen à la
maternité augmente,
tendance qui se confirme
au fil des ans. Or, plus un couple concevra ses enfants
tard (au-delà de 35 ans),
plus
ces derniers risquent de devenir orphelins (les taux de mortalité augmentant en proportion de
l'âge). (source: Le Monde,
1993).
"Plus l'écart d'âge entre les parents et les enfants est important, plus le décès d'un parent avant les 18 ans de l'enfant devient probable." ( ARCHAMBAULT)
Cependant, ce schéma est atténué par la sous mortalité observée chez les couples devenant parents : "Les risques de décès sont les plus faibles avec 2 enfants." (source: INSEE, 2007).
Les femmes adoptent
de plus en plus des comportements dits "à risques". L'INSERM souligne ainsi la
progression du cancer dû au tabac, dans la population féminine.
Et les mères célibataires seraient les premières touchées : elles consultent moins, éludent les dépistages, disent n'avoir pas le temps, présentent des problèmes nerveux, digestifs, dépressifs, etc. et ce malgré l'instauration de la CMU.
L'épidémie de
Sida alerta les démographes à l'aube de l'an 2000 (source:
Le Monde, 1989). Qu'en est-il aujourd'hui ?
Les
démographes de l'étude citée estiment que ces taux ont atteint un minimum et augmenteront
à nouveau
dans un avenir proche ... Encore faudrait-il
pouvoir quantifier ces risques.
Un calcul de la fréquence de l'évènement présenterait donc un intérêt pratique afin de mesurer l'évolution exacte du phénomène et d'adapter en conséquence les politiques sociales. De même, un suivi des cohortes établirait le destin de ces enfants et les retentissements liés à l'orphelinage.
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I- 5 - Pourquoi, de nos jours, défendre la veuve et l'orphelin ?
"L'étude de l'Ined nous confirme qu'à plus d'un titre, le "risque orphelin" est un risque social. Et justifie, s'il le fallait encore, que la collectivité professionnelle ou nationale s'organise pour apporter des réponses adaptées." (compte-rendu de l'étude de A. MONNIER et S. PENNEC paru dans un bulletin de l'INSEE)
De
tout
temps, la veuve et son enfant, symboles de drame, de sacrifice ou de
faiblesse, furent portés au devant des préoccupations. Que d'autres réalités
problématiques aient émergé ne doit gommer la multiplicité de notre
société que beaucoup revendique comme plurielle.
"Les études de sociologie ont reporté leur intérêt sur l'observation des enfants du divorce afin d'en déterminer les éventuelles inégalités d'espérances de vie. [...] La situation matérielle de l'enfant d'un parent veuf est délicate et s'apparente à celle d'un enfant élevé en famille monoparentale après rupture." (ARCHAMBAULT).
Pourtant, cette science complexe qu'est devenue la sociologie familiale doit s'attacher à faire ressortir les multiples teintes des situations monoparentales.
" Inconnus des statistiques, les orphelins sont aussi à peu près absents des études sur la sociologie de la famille (en France tout du moins) et sont depuis la substitution, en 1985, de l'allocation de soutien familial à l'allocation pour orphelin (instituée en 1971), ignorés des politiques sociales où ils sont assimilés à des enfants de familles monoparentales "comme les autres"." (A. MONNIER et S. PENNEC)
Perdre
un conjoint avec qui l'avenir se forgeait casse une vie en deux. Mais surtout
annonce des années de galère pour assumer seul(e) ce qui se partageait en
couple.
En 1939, un biologiste A.LOTKA écrivait : "La dissolution de familles résultant de la mort de l'un ou l'autre des parents, ou de tous deux, est un problème sociologique et économique de première importance." Trois quarts de siècle plus tard, les choses ont-elles évoluées ?
Voir disparaître un père, une mère lorsqu'on est enfant inflige une blessure affective durable. Mais la suite se révèle souvent plus traumatique que la perte en elle-même : voir son parent survivant dériver ou accomplir des exploits quotidiens pour tout mener, subir le regard apitoyé ou mesquin des autres, changer sa vie du jour au lendemain, etc.
Accorder au veuvage précoce et à l'orphelinage le statut d'évènements sociaux
(et non plus simplement de drames individuels) permettrait que la
collectivité accompagne tous les aspects de la souffrance intime de
ces familles et repère la ligne de faille vers la pauvreté,
notamment pour les femmes seules.
Note : Nous ne traitons ici que des cas d'orphelin exclusif de père ou de mère. Une page aborde néanmoins les orphelins absolus.
Perdre ses deux parents, son monde ...
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de la violence du décès à la solitude précoce.
II- 1- Fatalité ... dites-vous ?
Que le décès soit l'échéance d'une longue maladie ou le choc soudain d'un accident, la jeunesse du défunt devient synonyme d'une cassure violente, injuste.
Dans le cas d'une maladie irréversible, le chemin vers l'issue fatale se
révèle
une épreuve du quotidien : les visites à l'hôpital ou les soins à domicile,
le passage en soins palliatifs, etc.
La vie familiale se compose au rythme du malade, de ses souffrances physiques et morales, des exigences spécifiques aux soins, souvent très lourds. Les relations avec le corps médical deviennent alors essentielles, omniprésentes, parfois d'un réconfort admirable, parfois conflictuelles.
L'accompagnement vers la fin "prépare" l'entourage (prédeuil) et le malade, mais est-on jamais prêt à l'inacceptable ?
Restent ensuite des images difficiles à épurer et le sentiment de n'avoir pu éviter l'irrémédiable. Cette culpabilité s'avère parfois paralysante, source de désespoir.
Dans le cas de
mort violente et brutale, tout bascule du jour au lendemain ce qui est -
moralement - beaucoup plus difficile à assumer.
Lorsqu'il s'agit d'un suicide, le traumatisme subi par l'entourage se hisse à la hauteur du geste : radical, incompréhensible. Il faudra beaucoup de temps et un immense travail sur soi pour apaiser la violence des émotions, admettre et pardonner.
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II-2 - Le moment critique des obsèques
Le corps de l'être aimé figé dans l'éternité, la vie reprend ses exigences, dans une obscurité radicale.
La
semaine suivant le décès se déroule dans une semi conscience des
évènements. Les obsèques doivent pourtant s'organiser rapidement pour se dérouler
dans les 1 à 6 jours réglementaires.
Cette cérémonie exige un budget conséquent, immédiat, imprévu.
Le
jour même dessine une singulière épreuve où les émotions les plus
fortes se succèdent. Le rôle de l'entourage se révèle alors capital, à la
fois comme soutien moral et pour l'aide concrète apportée (essentiellement
envers les enfants).
L'enterrement réalisé dans la compréhension et la solidarité familiale
pourra alors redonner un semblant de sens à cette mort trop tôt survenue.
Malheureusement, des conflits peuvent éclater (avec la famille du défunt notamment) au sujet des formalités du décès ou de la succession. Les inimitiés, les tensions anciennes ressurgissent, chacun exprimant son chagrin dans la violence et le ressentiment. La fragilisation morale est alors extrême.
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II- 3- Et ensuite .... ? Le temps du deuil.
S'ouvre alors le temps du deuil, temps de grande vulnérabilité morale et physique, d'une douleur intensément nécessaire. Cependant, face aux urgences des premières semaines, le deuil peut se voir mis de côté. Il ressurgira plus tard, avec souvent une violence dommageable.
Les formalités
s'imposent, un parcours administratif lourd à gérer. Faut-il avoir
recours à un notaire ?
Lors d'un accident, un procès s'ensuit avec toute sa pénibilité.
Quelles
conséquences immédiates doit-on calculer ? Faut-il déménager, un
salaire unique sera-t-il suffisant ? A quels droits le conjoint/ les
enfants peuvent-ils prétendre ?
La famille et les amis répondent-ils présents - sans être envahissants - pour
seconder le parent survivant, dans cette période obscure ?
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II- 4- Et les enfants ?
Perdus dans une histoire qu'ils ne comprennent pas, ils s'accrochent à celui qui reste. L'avenir de leur deuil dépendra essentiellement des réactions du parent survivant.
Les enfants entrent dans une période de fortes angoisses où ils ont besoin
d'être écoutés, rassurés, aimés.
L'absence de communication entre parents et enfants peut provoquer des carences
affectives beaucoup plus préjudiciables que le deuil en lui-même. Cela sera le
cas si le parent s'enferme dans sa douleur ou dérive ...

L'enfant face au deuil
Il
est primordial que les enfants recomposent une relation positive avec le parent
survivant. Beaucoup d'obstacles risquent d'empêcher l'histoire de retisser les
liens.
Parfois, il est souhaitable que les enfants soient pris - dans les premiers temps - en charge par des tiers (famille, amis), afin de laisser le père/la mère se "recomposer" une force morale suffisante pour assumer la double charge éducative et le chagrin des orphelins.
Il arrive que les enfants restent durablement dans un autre foyer comme celui de grands-parents.
Dans des cas
extrêmes, les enfants peuvent être signalés à l'Aide Sociale à l'Enfance,
et temporairement placés en foyer, expérience des plus traumatisantes.
Parmi les recueils temporaires de l'ASE, le décès d'une des parents ne représente qu'un motif mineur mais quantifié dans les risques : 2% des enfants recueillis ont perdu leur père et 4,8% leur mère. (VERDIER)
Dans de nombreux cas,
la réaction du parent survivant sera heureusement positive : les enfants
représenteront pour lui/elle un défi. Pour eux, la vie devient un
encouragement et la fin du deuil s'ouvre sur des promesses d'avenir à leurs
côtés.
Cette force morale prend appui sur la jeunesse du parent. Cependant, la solitude jeune reste un obstacle qu'il faut affronter avec les armes du courage.
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II- 5- La solitude ... Trop jeune.
La cellule familiale dissoute, tous les projets d'un avenir commun annulés, il faut recomposer - seul(e)s -.un canevas tissant vers demain des fils suffisamment stimulants pour enfiler les jours.
Dans 40% des
veuvages précoces, l'évènement se produit avant 40 ans, "phénomène
oublié et d'une ampleur insoupçonnée." (source
: EHESS, 2003)
Cette jeunesse représente à la fois une force (physiquement parlant) et une faiblesse (morale).
Nombreux sont les veufs/veuves déclarant une maladie grave dans l'année du
deuil. A quoi
s'adjoignent des risques élevés de sombrer dans la dépression ou les
dépendances (alcool, etc.). Une
spirale infernale s'enclenche alors dont il faudra un courage décuplé pour
couper court.
Pour achever ce tableau du désastre, une étude affirme que la perte du conjoint accroît le risque de décéder à son tour, souvent des conséquences de la dépression du deuil (suicide, maladie de même nature que celle du défunt ou infectieuse, accident dû à un manque de vigilance, etc.). (source : X.THIERRY)
Les pères seraient les plus vulnérables avec deux fois plus de risque, et ce essentiellement dans les milieux défavorisés (INSEE, 2007).
Il est vrai que le
père se juge désemparé face aux "tâches maternelles" qui lui
reviennent (source
: ROUSSIER).
Désormais, la vie domestique lui incombe (linges,
ménage, courses, etc.),
une organisation à laquelle il n'est généralement pas préparés, voir même
qu'il doit totalement apprendre.
Quant au surcroît de tendresse réclamé par les enfants en manque de mère, arrive-t-il à y satisfaire ? Car lui aussi, peut se sentir orphelin, et le face-à-face père/enfants risque de générer des tensions au sein du quotidien.
Cependant, que ce soit la mère ou le père, tout repose sur le parent survivant, une charge morale
et nerveuse qui peut se révéler très lourde, surtout
si aucun soutien ne l'étaye. Il
peut lui sembler vivre avec une sordide impression d'emprisonnement : Lui/Elle
et les enfants dans une ronde sans musique ni lumière.
Les liens bouleversés avec l'entourage se renforceront-ils positivement ou
s'achèveront-ils dans la rupture et l'isolement ?
Au sortir du décès du père/ de la mère, le parent survivant reste seul avec les enfants. Cette situation se classe aujourd'hui dans la catégorie "Famille Monoparentale". Est-ce vraiment une réalité comparable aux effets du divorce ?
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III- Une monoparentalité subie
haut
III-1- Entre parent seul et parent isolé
83% des
orphelins vivraient uniquement avec le parent survivant (sans remise en couple). Cette proportion
s'élèverait à 10% de l'ensemble des enfants vivant dans les familles monoparentales, ce qui n'est pas
négligeable.
A noter que les familles monoparentales représentaient 18,6% en 1999 de l'ensemble des ménages français. (EHF, 1999)
En 1962, les veufs/veuves représentaient plus de 50% des familles
monoparentales. En 1989, ils seraient 22% (SEGALEN).
N'étant plus majoritaires, les veufs/veuves précoces
sont désormais placés au même rang que les célibataires et les divorcés.
Ainsi, bénéficient-ils de l'intérêt des politiques sociales en direction
des parents isolés,
notamment au niveau des aides sociales (l'API).
Cependant, cette réalité sociodémographique affiche une problématique propre qui dicte une prise en charge spécifique (source : EHESS, 2003). La différence fondamentale se situe dans l'évènement fondateur de leur solitude : les veufs/veuves subissent, non pas une séparation, mais une disparition brusque et définitive qui ne pourra recevoir de compensation. Le parent survivant assume désormais une double charge, à tous les niveaux du quotidien.
Cette reconnaissance de la situation de veuvage précoce a été préconisée dans une étude commanditée par la CNAF. L'auteur partait alors du constat que "le veuvage précoce semble constituer une exception française durable". (Source : DELAUNAY-BERDAÏ, EHESS, 2003)
En 1999, sur 4,68 millions de veufs, 360 000 avaient moins de 55 ans (78% de
femmes et 90% de parents dont 75% avec 2 enfants ou +). (Source
: DELAUNAY-BERDAÏ, EHESS, 2003)
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III- 2- Les éclats de verre de la solitude
Face aux difficultés
morales, financières, un climat
de tension nerveuse peut s'installer, atmosphère de violence risquant de
dériver vers des faits regrettables. Les
enfants peuvent également être ressentis comme une gêne, un poids trop lourd
dans l'existence d'un parent trop jeune, qui voudrait vivre davantage pour lui.
Ne
pouvant recourir à une garde payante, l'adulte laisse les enfants seuls, le
soir et le mercredi. L'expression des "orphelins de 16h" trouve ici sa
pleine signification. Il leur faudra alors apprendre très tôt à s'assumer. Il
peut arriver également que les grands prennent en charge les petits, comme
relais parental.
Livrés à eux-mêmes, à la TV, à la débrouille, les enfants sentent le poids, l'angoisse de la solitude. Les n° d'aides à l'enfance en difficulté reçoivent de plus en plus d'appels de ce type. (Source : MOIRIN, O. DELWASSER, L.)
Fonder un nouveau foyer, accueillant un autre compagnon/compagne de coeur sera
une étape décisive mais difficile à franchir (et même souvent jamais franchie).
L'impression de "remplacer" le disparu persiste comme une trahison à
sa mémoire. Les enfants n'acceptent pas facilement
"l'étranger(ère)" qui, pour sa part, se sent malvenu(e).
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III- 3- L'École : un enjeu essentiel
L'école représente souvent un refuge à l'enfant endeuillé. Il y retrouve ses
repères, ses amis, le calme d'avant la tempête, la vie - allégée de
l'atmosphère morbide qui règne chez lui.
Pourtant, de nombreux facteurs viennent généralement tout fausser.
L'institution
scolaire sait rarement réagir face à cette situation. Les professeurs se
révèlent souvent "maladroits" devant l'enfant en souffrance. Ils
redoutent d'évoquer la mort avec la classe et isolent l'orphelin dans sa
différence. Un
moment comme la préparation des fêtes de Noël ou des mères/pères deviennent
alors source de malaise pour l'enfant.
Les
copains ne sont pas toujours tendres avec l'enfant affaibli. Souvent, les orphelins
affrontent l'exclusion et les réflexions vexatoires, surtout si rien n'a été
échangé avec l'adulte. Ils garderont longtemps l'effet de cette
différentiation sociale, cette impression de ne pas "être comme les
autres".
L'adolescent au collège ressentira davantage un déracinement affectif,
face au moindre encadrement de la part des enseignants et aux exigences accrues.
Son deuil risque de passer inaperçu, si ce n'est révélé par des résultats
en baisse.
En cas de
déménagement précipité, changer d'école en un tel moment s'ajoute aux épreuves
et se voit très difficile à surmonter.
Faute de pouvoir
tout assumer, le parent peut délaisser le suivi scolaire. L'enfant se retrouve livré à lui-même face au travail
scolaire.
Si la vie quotidienne se déstructure complètement (horaires enfants/parents
décalés; absence de repères temporels due au chômage ou à la maladie;
etc), l'enfant vivra difficilement cette instabilité. Sa motivation sera
détournée par les problèmes à gérer chaque jour.
Face à ces
charges morales (digne d'un adulte), l'enfant aura du mal à se construire un
édifice de valeurs positives et motivantes.
Dans les familles en difficultés économiques et sociales ou immigrées,
le rapport à l'école se charge souvent de négatif. Avec ces obstacles
supplémentaires, il se verra d'autant plus
dévalorisé.
L'enfant
marque souvent une baisse des résultats scolaires, ainsi qu'une moindre
attention aux cours. Cette réaction attendue ne doit avoir qu'un temps, sinon la faillite scolaire
s'instaure - irrémédiable.
Une histoire scolaire "défavorisée" et plus courte :
Pour
alléger la charge financière du parent restant, les enfants prennent souvent précocement
leur indépendance. Ils écourtent alors leurs études et entrent plus tôt sur le marché du travail
avec, en conséquence, une moindre qualification. (source
: ARCHAMBAULT, 2001)
Ainsi : 62,8% ont un diplôme (contre 76% du total des 18-29ans) et l'âge de fin d'études serait 18,7 ans contre 19,7 ans pour la moyenne globale. (source : ARCHAMBAULT, 2001). De nouvelles études alourdissent le constat. Le devenir orphelin est réellement un enjeu social.
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III- 4- Des ados à la dérive ...?
Les sociologues pointent du doigt la corrélation entre les taux de délinquance et
le jeune élevé en famille monoparentale (CHAMBAZ,
HERPIN). Analysant l'importance de la
filiation dans ces situations de crise, ils estiment que les sujets, ayant subi
une "disparition précoce" (en particulier le père), présentent
3 à 4 fois plus de probabilité par rapport à la population générale de
tomber dans la délinquance. Cependant par ce terme "disparition",
ils englobent "toute rupture de relation" avec le
parent.
Qu'en est-il de l'orphelin, souvent en manque de père ?
Dans Sociologie de la délinquance (Réf. en bibliographie), l'auteur relève cette corrélation lorsque le jeune est seul avec sa mère. Mais, d'après lui, seules les conséquences de divorce ou d'abandon peuvent entraîner une délinquance. Dans les cas de décès, l'absence de conflits entre les parents écarte le risque de dérive violente (page 166).
D'autre part, le délinquant se caractérise psychologiquement par un faible contrôle de lui-même, une insensibilité, une indifférence aux sentiments et à la souffrance d'autrui et surtout un esprit immature. Or, les orphelins sont reconnus pour développer des qualités morales à l'opposé de ce triste tableau.
Toutefois, la corrélation "délinquance/famille monoparentale" indique davantage les conséquences inhérentes à cette situation (pauvreté, discriminations, manque de perspectives, etc.) que la structure familiale en elle-même (CHAMBAZ, HERPIN). Le devenir de la famille endeuillée se trouve ainsi mise en question.
Ainsi, "la théorie dite des privations économiques (développée par 2 américains) expose l'idée que la précarité des familles monoparentales et les privations économiques vécues par les enfants de ces familles pourraient avoir des influences négatives sur leurs trajectoires scolaires et sociales." (ARCHAMBAULT)
Or, nous verrons plus loin que la question financière est au centre des difficultés générées par le décès.
Si l'on en croit l'étude de
J.M.FIRDION (INED, 2006),
perdre l'un de ses parents et vivre une enfance de difficultés économiques, peut se
répercuter tout le long d'une vie. L'auteur observant le rôle de l'enfance
dans les cas de dérives adultes déclare que, 21,5% des hommes SDF (contre
16,1% des femmes) interrogés lors de son enquête, ont vécu le décès
précoce d'un de leurs parents (avec ou sans placement consécutif).
L'auteur explique ainsi ce fait : un tel contexte familial entraîne un déficit global du capital (scolaire, social, professionnel, etc.), nécessaire à l'édification d'une existence supportable.
Les
spécialistes soulignent également les risques majorés de troubles
psychologiques, dépressifs, les tentatives de suicide, les dépendances
addictives (drogue, etc), des individus ayant subi
une "perte précoce".
Boris CYRULNIK, spécialiste de l'enfance en souffrance résiliente, a développé un modèle d'analyse des carences affectives. Celles-ci sont variées : enfant abandonné ou isolé, père absent ou "mal parlé" par la mère, etc.
Cependant, là encore les études psychosociales s'opposent. "Le niveau des troubles psychologiques des enfants qui ont connu le deuil d'un parent avant 18 ans n'est guère plus élevé que dans les familles intactes (voir tableau ci-après). (...) La séparation d'avec l'un des parents - plus que le deuil- est liée aux troubles dépressifs." (ARCHAMBAULT). La marge semble faible et lorsque ce même auteur ajoute : "Les toxicomanies de toute nature sont des soulagements, des remèdes, proposés lors d'un désarroi affectif (...) des compensations." (ARCHAMBAULT), peut-il exclure le manque consécutif à la perte d'un des parents à ce risque de déséquilibre affectif ?
Les
orphelins développent souvent une force morale supérieure à l'enfant ayant ces
deux parents, ensemble ou non.
Encore faut-il que le traumatisme ait été dépassé et que la reconstruction familiale ait suivi une route harmonieuse ...
Reste que ces enfants subissent, avec le deuil parental, un déséquilibre familial et affectif - plus ou moins marqué - qui peut se cumuler avec des difficultés déjà présentes dans la famille. Ils entrent parfois en révolte contre ces injustices qui les frappent.
Cela souligne la ligne de risque où, pour exprimer leur ressenti négatif, ils peuvent verser dans la violence, contre eux-mêmes ou contre les autres, phénomènes de désocialisation suffisamment pointés aujourd'hui par les médias.
Les dérives surviennent généralement lorsque l'enfance baigne dans un cadre de vie difficile. La situation financière de la famille après deuil, si elle s'enfonce vers la précarité, signe l'entrée en zone dangereuse.
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IV- Faire face financièrement
haut
IV- 1- L'entrée dans les difficultés : la mort coûte chère ...
La séparation du couple (quelle qu'en soit la raison) génère toujours des difficultés d'ordre financier, voir un appauvrissement accéléré.
Un
constat s'impose sur le plan socio-économique : La majorité des
veufs/veuves appartiennent à des catégories sociales défavorisées (Source
: EHESS). Or, un
décès génère des coûts financiers qui peuvent enchaîner le parent
survivant dans les dettes, voir le surendettement.
D'une part, la perte du conjoint entraîne son lot d'imprévus financiers - immédiats :
- coût éventuel de la maladie,
- prise en charge des obsèques,
- déménagement, etc.
D'autre part, les charges mensuelles (loyer, taxes immobilières, chauffage, etc.) restent incompressibles et ne se voient pas divisées par 2. De plus, la situation de monoparentalité génère des surcoûts importants (garde d'enfants, logement, etc.).
Le couple avait pu contracter des crédits (achat d'une voiture, maison,
etc.).
Le remboursement peut s'avérer impossible seul(e) et nécessiter la revente du
bien.
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IV- 2 - Défi n°1 : Connaître ses droits
La
période qui s'ouvre après le deuil n'engage pas à courir les administrations.
Et pourtant, tout décès entraîne sa liste de déclaration à différents
organismes, entre autre afin de bénéficier d'aides.
Or, beaucoup de veufs/veuves ne connaissent pas leurs droits et les prestations auxquelles ils/elles peuvent prétendre. L'attribution des aides n'est pas automatique et nécessite un dossier de demande.
Si les
parents vivaient en concubinage (et même en cas de PACS), le parent survivant ne peut prétendre
percevoir des droits sociaux (tel que le droit à la pension de réversion).
"La
complexité des allocations spécifiques au veuvage précoce conjuguée à la
multiplicité des organismes intervenants peut conduire à une inefficacité
partielle des dispositifs sociaux et par voie de conséquence à une
paupérisation et à une vulnérabilité des conjoints frappés par la mort
précoce de leur partenaire." (source
: DELAUNAY-BERDAÏ, EHESS).
Le
parent survivant est nommé "administrateur légal des biens des enfants
mineurs" afin de protéger les biens revenant aux enfants. Le contrôle
judiciaire est souple mais présent (théoriquement). Le juge est en droit de
demander un état de gestion.
Quelques pistes d'aide :
Les
formalités administratives
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IV- 3- Défi n°2 : Garder la tête hors de l'eau.
Il est reconnu que
ces diverses contraintes entraînent la famille endeuillée sur la pente d'une
régression économique. (Source
: Archambault).
Or, des études plus récentes assombrissent le tableau.
En l'an 2000, l'Observatoire National de la Pauvreté et de l'Exclusion Sociale soulignait la fréquence de précarité économique - voir de pauvreté extrême - au sein des familles monoparentales. (Source : DELAUNAY-BERDAÏ, EHESS, 2003)
"17% des familles monoparentales vivent en dessous du seuil de pauvreté." (ARCHAMBAULT)
Quelques années après, une étude de la CNAF établissait une tendance à la pauvreté accrue en cas de veuvage précoce : 60% des veufs/veuves précoces perçoivent des aides de la Caisse Nationale des Allocations Familiales, sous diverses formes.
Or, les aides reçues ne sont que temporaires et de toute manière trop restrictives pour assurer le quotidien (source : DELAUNAY-BERDAÏ, 2003).
"La dépréciation
personnelle est souvent la traduction de la chute brutale du niveau de vie et de
la difficulté de retrouver de nouveaux repères." (Source
: DELAUNAY-BERDAÏ, EHESS, 2003)
Des dérives
individuelles inhérentes au deuil surgissent parfois jusqu'à l'anéantissement
total : le parent survivant peut verser dans la
dépression, les dépendances toxiques ou une longue maladie. Outre les frais occasionnés, trop
"d'absences" peuvent motiver un licenciement. Le parent lâche
tout, se laisse aller et s'enfonce dans une survie sans retour.
Témoignage :
" J'étais marié, j'avais trois enfants. Mais voilà, le 16 janvier 1971, le malheur arrive, mon épouse décède d'une maladie cardio-vasculaire. Mon existence bascule, je suis perdu. Mes enfants sont placés dans ma famille.
Je quitte tout, je pars sur les routes où je trouve l'alcool, la drogue, la prison,. Je suis un SDF, comme on dit. Plus de quinze ans de galère.
Je reviens sur Brest. Avec l'aide de ma mère, j'arrive à louer une petite chambre-cuisine, où je vis avec des copains qui sont dans la même galère. On fait la manche dans les rues et les églises." (Brest, 1996)
in : Les exclus du Quart-Monde en France, BT2, n°11, PEMF, 1998.
Remarque : L'évènement date de 1971, il y a 36 ans : Peut-on parler d'un phénomène récent ? N'a-t-on pas négligé le veuvage précoce comme l'orphelinage depuis bien (trop) longtemps ?
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IV- 4 Défi n°3 : Être veuve : la galère totale ?
Être femme est déjà synonyme de handicaps aux niveaux socio-économiques, mais devenir mère célibataire par un coup du sort multiplie les obstacles à franchir.
Dans 80 %
des cas, le parent survivant est la
mère.
Le décès masculin implique très souvent une brutale dégradation des conditions de vie des veuves précoces. Au contraire, les veufs conservent une meilleure situation économique. (source : DELAUNAY-BERDAÏ, 2003).
"(...) c'est le plus souvent le revenu principal du père qui fait défaut. (...) C'est le plus fréquemment le père qui meurt prématurément," ce qui entraîne "des privations économiques". (ARCHAMBAULT)
Rappelons la persistance des disparités entre les carrières et les salaires Homme/Femme : Perdre le salaire masculin se révèle ainsi beaucoup plus préjudiciable que l'inverse.
D'après des chiffres de l'INSEE de 1994, les veufs toucheraient en moyenne un salaire 30% plus élevé que les veuves.
Au
contraire des cas de divorce, aucune pension alimentaire ne vient compenser la
séparation.
"La désunion entraîne en règle générale un appauvrissement des ménages ou plutôt elle accélère le processus de précarisation pour ceux qui étaient déjà vulnérables avant la rupture, notamment les femmes inactives fort exposées aux difficultés économiques." De plus, les mères célibataires des milieux défavorisées se retrouvent vulnérables socialement et peu soutenues. (source : GALLAND et LEMEL)
Dans le cas des mères au foyer ou à mi-temps, retrouver un emploi à temps
complet devient un impératif difficile à gérer, notamment vis-à-vis des
enfants.
Cependant, les femmes restent les premières à subir les emplois précaires, à répétition. (source : SILVERIA, 1996).
Ainsi l'INSEE signalait en 1994 que 46% des mères célibataires (avec 3 enfants ou plus) avaient un emploi dont 36% à temps partiel et 25% connaissaient le chômage. Comment espérer constituer l'avenir de la retraite, sur de telles bases ?
Obstacle de
taille, 37% des cas de veuvage précoce seraient sans qualification (selon
EHF, 1999), d'où la difficulté de postuler à un poste bien rémunéré, à temps
complet et en CDI.
D'autre part, les formations qualifiantes ou de remise à niveau ne sont pas souvent rémunérées. Éloignées du domicile, elles génèrent un surcroît, certes provisoire mais contraignant, de charges financières et morales.
90 % des jeunes veufs bénéficiaires du RMI sont des femmes. (Source
: DELAUNAY-BERDAÏ, EHESS, 2003)
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IV - 5 - Défi n° 4 : Être jeune, mère et sans foyer
Sur 217 000 ménages touchant l'API, la majorité sont des mères isolées. Et,
de plus
en plus de mères célibataires touchent le RMI et ont recours aux associations
caritatives. En 2005, V.MOUGIN, traitant des femmes en galère, signale que les
veuves font partie du contingent des femmes en situations précaires qui
connaissent "la débrouille" pour "survivre", souvent avec
moins de 600 €/mois. Dans leur cas, le deuil représente souvent un
"revers" de plus dans l'accumulation d'une série négative, qui
précipite vers le dénuement total. Elle s'appuie sur une déclaration de
Xavier EMMANUELLI (fondateur du SAMU social) le 15 avril 1997, dans Le
Monde.
L'Observatoire
National de la Pauvreté et de l'Exclusion Sociale s'alarme d'un fait en
augmentation constante : les femmes sans domicile fixe accompagnées d'enfants,
souvent très jeunes, représenteraient 36% des sans-abris.
Ce constat est repris dans L'État de l'Enfance en France : Les centres d'hébergement et de réadaptation sociale logent 31,5% d'adultes isolés avec enfants (soit environ 5000 enfants) et près de 9 fois sur 10, ces familles monoparentales sont constituées d'une mère et de ses enfants. V.MOUGIN s'alarme sur ce fait en augmentation constante.
Le
problème des familles immigrées doit également être souligné. Soumises à
la logique familiale et à la domination masculine, mères de plusieurs enfants,
les femmes présentent des difficultés d'intégration qui les laissent perdues
en cas de veuvage.
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V-
La veuve et l' orphelin
méritent
une "REconnaissance " sur la scène nationale.
V- 1- Mesurer l'aide à apporter
Toute politique
sociale doit (ou devrait) s'appuyer sur un constat chiffré, avéré, afin de
cibler exactement les besoins (jeu logique de l'offre et de la demande même
dans ce domaine de la solidarité.).
La connaissance du terrain à "traiter" implique donc un calcul statistique, après une enquête directe dans la population. Pourquoi, lors des grands recensements nationaux, n'ajoute-t-on pas, au niveau de la situation familiale :
"Etes-vous : célibataire, marié, pacsé, séparé ?
Si vous êtes séparé de votre mari/compagnon, est-ce à la suite de : une séparation, un divorce, un décès ?
Avez-vous eu des enfants avec ce compagnon/mari ? Si oui, combien ? Quel(s) âge(s) avai(en)t-il(s) au moment de la séparation ?
Percevez-vous pour eux : une pension alimentaire de votre ex-mari/compagnon, une pension d'orphelin, une allocation de parent isolé ?"
Les déductions semblent assez simples.
En fonction de la catégorie sociale de chaque famille recensée, un calcul de
fréquence peut être établi pour cerner les populations touchées vulnérables et susceptibles de rencontrer des difficultés.
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V- 2- L'aide immédiate
Depuis la mise en place des services de soins palliatifs, un soutien spécifique
est accordé aux familles. Il est ainsi donné aux enfants un petit livret
d'accompagnement. De plus, une psychologue est affectée à ce service, apte à
répondre aux demandes spécifiques de ce type situation.
Reste que la majorité des décès ne surviennent pas en soins palliatifs.
Y-a-t-il une prise en charge spécifique en cas de mort brutale ? Ne peut-il
être mis en place une cellule de soutien comme en cas d'évènement traumatique
collectif (attentat, accident ferroviaire, etc.) ? Chaque jour connaît son lot
de décès à l'hôpital : souvent, ce sont des bénévoles qui apportent
un réconfort par le biais de la religion. Ne pourrait-on mettre en place un
"service de soutien familial", tenu par un(e) psychologue et un
travailleur social ? Ils seraient un relais appréciable entre la famille et
l'équipe médicale, afin d'expliquer plus calmement, plus explicitement, le
drame. Puis ils guideraient les premières démarches, repéreraient les
difficultés, orienteraient vers les services administratifs extérieurs pour la
suite du parcours post-décès ...Ce service peut également être envisagé
dans les funérarium.
Ne pourrait-on accorder une aide financière immédiate pour l'organisation des
obsèques, même s'il s'agit d'un crédit mais à taux 0% et remboursable selon
des échéances souples ...
V- 3- L'aide administrative
Les CPAM pratiquent déjà
des formalités simplifiées pour les cas de décès. Un rapport de la CNAF soulignait l'importance de créer un guichet
spécial veuvage pour orienter ces personnes en difficulté morale, évaluant
ainsi le besoin de structures adaptées.(source
: DELAUNAY-BERDAÏ, EHESS).
Plus généreusement, des espaces d'accueil pourraient être conçues dans les CAF et les CPAM, à l'aide sociale à l'enfance et à l'Assedic, bref tous les organismes qui se voient directement concernés par un décès précoce.
Ces espaces, tenues par un personnel formé à de telles situations, constitueraient des cellules de crise à échelle individuelle (comme les accidents ou les attentats, un deuil précoce rime avec violence et soudaineté).
Ils permettraient au parent survivant de s'orienter dans l'immédiat, simplement de savoir ce qu'il doit accomplir prioritairement, comment organiser les obsèques, quelles aides trouver en cas de difficultés matérielles, ....
Dans les semaines
suivantes, l'aide se préciserait (un dossier de suivi étayant le travail de
l'organisme) à tous les points de vue : - individuel - social -
économique - se réinsérer professionnellement - communiquer avec l'école et inciter les
enseignants à faire face - Trouver une garde pour les enfants, etc.
Un suivi médical et psychologique du parent et des enfants accompagnerait cette prise en charge.
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V- 4- L'aide au quotidien
Face aux difficultés du quotidien, pourrait être instaurée une aide spécifique
à l'exemple des auxiliaires de vie auprès des personnes âgées. Ce soutien interviendrait
auprès des jeunes enfants afin d'étayer la charge éducative du parent qu'il ne peut assurer, souvent en
raison de son travail ou de ses difficultés morales.
Ne peut-on revoir (auprès de la CAF), les pensions de soutien à l'orphelinage
et veuvage ? De plus en plus, les formules existantes se voient limitées par un
plafond de ressources (de plus en plus bas) ?
Au niveau
politique, l'État doit favoriser le retour à l'emploi des mères, tout en
aménageant cette reprise d'activité avec les rythmes scolaires. Ainsi, il pourrait
faciliter le travail aux 4/5, afin de libérer les
mercredi jusqu'aux 16 ans de l'enfant. Il
L'école se présente comme l'espace privilégié où peut être détecté le
mal-être de l'enfant.
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V- 5- L'aide à long terme
L'État,
comme parent substitutif, pourrait décider l'ouverture d'une formule bancaire
rémunératrice qui permettrait au jeune de poursuivre ses études au-delà de
18 ans, une indépendance qui ne
saperait pas son avenir
professionnel.
Les propositions restent ouvertes ....

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- Renaître orphelin ... un printemps révolu
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Dernière modification : 30-08-2010